Récolte de blé en Inde, en mars 2009.
Récolte de blé en Inde, en mars 2009. - Ajit Solanki/AP/SIPA

Audrey Chauvet

Une population croissante sur une planète finie: l’équation semble sans issue. Alors que près d’un milliard d’êtres humains ne mangent pas à leur faim dans le monde, les inquiétudes sont légitimes avec le franchissement de la barre des sept milliards d’humains ce 31 octobre. Pourtant, la Terre a de quoi nourrir tous ses habitants. «Ce sont le gaspillage et les guerres qui empêchent d’apporter de l’aide alimentaire» qui seraient à l’origine des famines selon Gilles Pison, directeur de recherche à l'Institut national d'études démographiques (Ined). «Nourrir dix milliards d’humains est un défi mais on y arrivera en agissant sur les modes de vie, en les rendant plus économes en ressources», pense le démographe.

Arrêter le gaspillage et mieux répartir les ressources

Un rapport publié en janvier par le gouvernement britannique donnait déjà quelques pistes: produire plus de nourriture «sans disposer de beaucoup plus de terres» et en tenant compte de l'épuisement des ressources en eau, des contraintes en énergie, et des effets du changement climatique, nécessiterait de réduire la consommation de viande, coûteuse en terre et en céréales, et de limiter le gaspillage. Selon ce rapport, 30% de la nourriture produite mondialement serait perdue à cause d’un stockage déficient, du transport, ou simplement jetée.

«L'agriculture qui nourrira neuf milliards d'habitants n'est pas la prolongation de l'agriculture d'aujourd'hui», explique pour sa part Marion Guillou, présidente de l'Institut national de recherche agronomique (Inra). «Le monde est aujourd'hui quantitativement en capacité de nourrir sa population avec une disponibilité globale de 3.000 kilocalories par jour et par personne», explique-t-elle, mais les disparités sont fortes entre les régions du monde. Il faudrait donc penser à mieux répartir les ressources avant de vouloir produire plus.

L’agriculture bio n’a pas dit son dernier mot

Plutôt que de remettre en question les modes de vie des pays développés, certains espèrent pouvoir répondre au défi alimentaire grâce à la technologie, et notamment les OGM. Dans une tribune parue dans Le Monde en janvier 2008, des biologistes français estimaient que «sans progrès spectaculaire en agronomie, il ne sera pas possible de faire face aux besoins nutritionnels» de neuf milliards d’humains. Les six membres de l’Académie des sciences, signataires de ce texte, appelaient à encourager la recherche sur des OGM moins consommateurs d’eau et au rendement plus élevé que les cultures actuelles. Mais la réponse de trois scientifiques reconnus fut sans appel: «Il y a en effet de sérieux doutes sur le fait que les OGM représentent la solution magique aux problèmes de sous-nutrition dans notre monde. Il y a de plus des risques avérés et de nombreuses incertitudes liés à la culture de ces OGM», répondaient alors Marc Dufumier, professeur à AgroParisTech, Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et Yvon Le Maho, directeur de recherches au CNRS.

Et si, au lieu de chercher la solution dans les laboratoires, on revenait à une agriculture vivrière, locale et naturelle? Dans un rapport datant de mai 2007, la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) estimait que l’agriculture biologique avait «le potentiel de satisfaire la demande alimentaire mondiale, tout comme l’agriculture conventionnelle d’aujourd’hui, mais avec un impact mineur sur l’environnement». Reste à trouver une organisation mondiale qui permettrait d’agir sur la spéculation sur les matières agricoles, qui fait exploser le prix des denrées de base qui nourrissent la planète.