Le 21 avril 2011, des militants de Greenpeace ont escaladé l'immeuble du siège d'EDF a Paris, pour y accrocher une banderole anti-nucléaire.
Le 21 avril 2011, des militants de Greenpeace ont escaladé l'immeuble du siège d'EDF a Paris, pour y accrocher une banderole anti-nucléaire.

© 2011 AFP

Un ancien membre de la DGSE, reconverti dans la veille stratégique, a reconnu ce mercredi avoir organisé en 2006 le piratage d'un ordinateur de l'organisation écologiste Greenpeace à la demande d'EDF, devant le tribunal correctionnel de Nanterre.

Contacté puis engagé par EDF

Le groupe d'énergie français EDF est jugé comme personne morale depuis lundi pour «complicité et recel d'intrusion frauduleuse informatique» au préjudice de l'ancien directeur des campagnes de Greenpeace, Yannick Jadot, aujourd'hui porte-parole d'Eva Joly (EELV).

Deux anciens responsables de la sécurité du groupe comparaissent aux côtés d'EDF, soupçonnés d'avoir commandité ce piratage. A la barre, Thierry Lorho, patron de la société Kargus Consultants, spécialisée dans la veille stratégique, a expliqué avoir été contacté puis engagé par EDF qui «souhaitait entrer dans les ordinateurs de Greenpeace pour anticiper ses actions liées au réacteur nucléaire EPR» à Flamanville (Manche).

EDF «n'assume pas ses responsabilités» et refuse «d'afficher ses activités illégales»

Droit dans ses bottes, cet ancien des services de renseignement français est formel: les deux anciens responsables de la sécurité d'EDF poursuivis dans cette affaire ont contracté avec sa société un contrat rémunéré 50.000 euros, visant le piratage de trois personnes ciblées par l'électricien.

Thierry Lorho a «regretté que le groupe d'énergie n'assume pas ses responsabilités» et refuse «d'afficher ses activités illégales» alors qu'une copie du contenu de l'ordinateur de Yannick Jadot a été retrouvée dans le coffre-fort d'un responsable d'EDF. Interrogés sur cette copie, les deux responsables de la sécurité ont affirmé n'avoir pas eu la curiosité de consulter son contenu, pensant que ce n'était qu'une compilation de documents publiés sur Internet.

«La défense d'EDF a été mise à mal aujourd'hui»

Une explication que la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez, qualifie de «curieuse» au regard des carrières des deux responsables, l'un amiral et l'autre ancien commissaire de la brigade de répression du banditisme. «La défense d'EDF a été mise à mal aujourd'hui dans la mesure où ce contrat, établi pour déguiser le piratage en mission de veille anodine, a été honoré et validé au plus haut sommet du groupe», a estimé l'avocat de Greenpeace, Alexandre Faro.

L'avocat d'EDF, Alexis Gublin, a campé sur sa position, persistant à se dire victime des «agissements» de Kargus Consultants qui a dépassé les termes de son contrat. Jeudi, le tribunal examinera le volet sportif de cette vaste affaire d'espionnage impliquant le vainqueur déchu du Tour de France 2006 Floyd Landis et son entraîneur Arnie Baker, jugés pour le piratage du Laboratoire national anti-dopage.