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EDF a obtenu l'accord du gouvernement pour réduire de 17 à 4 mètres la hauteur du barrage controversé de Poutès (Haute-Loire) sur l'Allier, afin notamment de permettre son franchissement par les poissons migrateurs, une annonce accueillie avec joie par les écologistes.

Les travaux, qui s'étaleront sur deux ans, coûteront 10,9 millions d'euros à EDF, mais permettront de maintenir 90% de la production actuelle de l'ouvrage, indique vendredi le géant français de l'électricité dans un communiqué.

La barrage sera équipé d'ouvrages de franchissement des poissons migrateurs, "à la montaison et à la dévalaison", ainsi que d'une vanne centrale s'abaissant totalement en période de crue, explique EDF.

Le débit laissé en rivière pour préserver le milieu naturel et en particulier les poissons migrateurs sera lui doublé pour passer à 5 mètres cubes par seconde, soit le tiers du débit moyen de la rivière.

Après des années d’affrontement entre défenseurs du maintien et partisans du démantèlement du barrage, la ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet avait proposé une solution intermédiaire au printemps, à l'issue d'une concertation avec élus et associations.

"L'ensemble du dispositif conçu par le Centre d'Ingénierie Hydraulique d'EDF a été défini en prenant en compte les préconisations des ingénieurs de l'Office National de l'Eau et des Milieux Aquatiques (ONEMA)", assure EDF.

Construit durant la Seconde Guerre mondiale pour alimenter la ville de Vichy, siège du gouvernement pétainiste, le barrage était un obstacle à la migration des saumons de la Loire, derniers saumons de longue migration d'Europe, soulignaient les écologistes.

Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, ces modifications apportées au barrage controversé permettront de "faire du barrage de Poutès le symbole de la réussite de l'hydroélectricité durable." Elle soulignait dans un discours qu'il "est appréciable que nos ouvrages d'art prennent en compte la biodiversité de nos cours d'eau".

Les écologistes, scientifiques, pêcheurs et élus locaux se sont tous félicités vendredi "de la très belle nouvelle" saluant "une avancée majeure en faveur du saumon, des migrateurs et des fleuves."

Selon le communiqué commun de six organisations, dont le WWF et l'Union pour la conservation de la nature UICN France, "le compromis trouvé, conciliant énergie renouvelable et biodiversité, est le fruit de l'intelligence collective en actes".

"Néanmoins les vrai gagnants de cette décision courageuse dans le contexte actuel ce sont évidemment la Loire, l'Allier et le saumon," ont-elles ajouté soulignant que "l'autre grand défi de la sauvegarde de la biodiversité restant à relever maintenant est la reconquête de la qualité de l'eau".

Le député UMP de Haute-Loire Jean Proriol, l'un des fers de lance de la défense de cette installation d'une production d'énergie renouvelable sans CO2, a accueilli l'annonce avec soulagement : "Poutès abaissé... mais (enfin) sauvé".

Dans un communiqué il a toutefois averti que "cette nouvelle configuration de Poutès ne règlera pas la problématique de la migration des poissons."

Il a rappelé que "de très nombreux facteurs menacent la survie du saumon dans le Haut-Allier : le taux de survie en mer de l’ordre de 1%, la qualité de l’eau, le bouchon vaseux à l’estuaire, les filets dérivants tranchants comme des rasoirs, les prédateurs (silures et cormorans), les obstacles à franchir sur les 860 kilomètres entre Poutès de l’estuaire."

Et l'élu de conclure : "C’est à l’ensemble de ces problèmes qu’il faut apporter une réponse rapide. Sinon il ne servirait à rien d’investir plus de 10 millions d’euros pour aménager Poutès !"