Des plans de vigne génétiquements modifiés sur un terrain de l'Inra près de Colmar, en 2005.
Des plans de vigne génétiquements modifiés sur un terrain de l'Inra près de Colmar, en 2005.

© 2011 AFP

Le procès de 61 faucheurs de plants de vignes transgéniques, à partir de mercredi à Colmar, confrontera des prévenus persuadés d'avoir stoppé une «dérive» de la science, en 2010, à des chercheurs écoeurés par une «prise en otage» de la recherche publique. L'audience est prévue sur trois journées, jusqu'à vendredi, devant le tribunal correctionnel. Les prévenus encourent jusqu'à trois ans de prison et 150.000 euros d'amende; en outre des dommages et intérêts pour plus de 500.000 euros pourraient leur être demandés.

Le 15 août 2010, les faucheurs avaient arraché plusieurs dizaines de pieds de vignes OGM, plantés dans le cadre d'une expérimentation en plein air de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), à Colmar. Il s'agissait pour l'Inra de tester la résistance de porte-greffes de vignes génétiquement modifiés à une maladie, le court-noué. Une expérimentation que des associations écologistes avaient tenté de faire interdire devant la justice, avec un premier succès, en 2009, devant le tribunal administratif de Strasbourg, infirmé en janvier 2011 par la Cour d'appel de Nancy.

Plaider la désobéissance civile

Les prévenus sont poursuivis pour «délit de fauchage» et «violation de domicile». «On va plaider la relaxe, on a des arguments juridiques pour cela», a confié à l'AFP l'un de leurs deux avocats, Me Guillaume Tumerelle. Chef d'entreprise, ingénieur, étudiant... les faucheurs montrent des profils divers. «On voit bien que ce ne sont pas des obscurantistes comme le disent certains», fait valoir leur conseil.

C'est le message que vont tenter de faire passer les faucheurs, bien au-delà du tribunal, lors des nombreuses manifestations (débats publics sur les risques des OGM, projections de films) prévues à Colmar autour des audiences. Selon leur comité de soutien, quelque 200 personnes venant de toute la France sont attendues. «Cette expérimentation, c'était surtout un test grandeur nature pour faire accepter les tests OGM en plein air à la société», affirme l'un des faucheurs, Etienne Raphaël, qui va «plaider la désobéissance civile face à une dérive de l'Inra».

Un énorme gâchis pour l’Inra

«Je n'ai jamais vu une telle entreprise de désinformation», rétorque le directeur de la communication de l'Inra, Jean-François Launay. «Le procès qui s'ouvre mercredi, c'est avant tout celui d'un énorme gâchis, celui de 60 personnes qui ont saccagé huit ans de travail», poursuit-il, estimant que les faucheurs «prennent la recherche publique en otage». «S'il y a un garde-fou contre l'introduction d'OGM de manière irraisonnée, c'est bien l'Inra», estime-t-il, rappelant la concertation qui avait été organisée autour de son expérimentation, associant des associations locales hostiles aux OGM et des viticulteurs.

Pierre Azelvandre, un faucheur qui s'était déjà attaqué, seul, aux mêmes plants, en 2009, a écopé en janvier d'un mois de prison avec sursis et plus de 50.000 euros de dommages et intérêts à verser à l'Inra, devant la Cour d'appel de Colmar.