Pêche: «En Europe, 90% des stocks de poissons sont surexploités»

BIODIVERSITE Le programme de conférences grand public de l'Institut océanographique de Paris reprend en cette rentrée avec Philippe Cury, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD). Il présentera les différents scénarios à mettre en place en faveur d'une pêche durable...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

— 

Peche au chalut en mer Mediterranee, dans le Golfe du Lion.

Peche au chalut en mer Mediterranee, dans le Golfe du Lion. — GOYHENEX JEAN-MARIE/SIPA

Quel est l’état des lieux des ressources marines?

Cela dépend des zones de pêche, mais globalement il n’est pas bon. L’exploitation des ressources était de l’ordre de 15 millions de tonnes par an après-guerre, il est passé à 80 millions de tonnes depuis les années 1990. Ce niveau pourrait être, à la limite, acceptable, si l’on gérait mieux les ressources. Or, rien que dans la zone Europe, nous estimons à 90% les stocks qui sont surexploités. Au niveau mondial, la FAO avance le chiffre d’un peu moins de 80% des stocks pleinement exploités, et d’un quart surexploité.

Que faudrait-il faire pour inverser la tendance?

Laisser les stocks se regénérer. Pour cela il faudrait mieux utiliser les subventions allouées aux pêcheurs. Plutôt que de leur permettre d’acheter des bateaux encore plus gros, il faudrait au contraire mettre en service des engins moins consommateurs d’énergie, moins destructeurs de la biodiversité, et au final moins performant. Cela peut paraître paradoxal, mais à l’arrivée, un bateau moins rentable mais qui coûte moins, cela revient au même pour le pêcheur.

Vous ne craignez pas que cela signifie la mort d’une profession déjà très touchée?

C’est le système actuel qui décime les pêcheries. Nous comptabilisions 30.000 pêcheurs en France il y a 30 ans, ils sont 10.000 aujourd’hui. Une étude de Nature estime que si nous n’arrêtons pas ce scénario, toutes les pêcheries auront fermé d’ici à 2048. Le système européen, qui finance les pêcheries à 80%, ne tourne pas rond. Et les techniques utilisées, comme le chalutage qui rejette 40 à 60% de ses prises, sont extrêmement destructrices pour la biodiversité. Si l’on veut vider les mers, comme les Chinois l’ont fait en mer de Bohai où il n’y a plus que des méduses, continuons dans cette voie. Prenons plutôt exemple sur l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande, l’Alaska, qui ont mis en place une gestion rigoureuse de leurs stocks, et où l’on trouve une grande diversité d’espèces.

Quelles sont les espèces les plus menacées, celles qu’il ne faut surtout pas consommer?

Toutes les espèces de grande taille, comme la morue, le mérou, le thon rouge… Les poissons des grandes profondeurs, comme le Grenadier, le veau de mer… Le merlu, la lotte, le lieu jaune sont à consommer modérément. Mais il faut avant tout sauvegarder le requin. On en consomme énormément en Asie, mais aussi en France, où la roussette est souvent servie dans les cantines, en raison de son absence d’arête. Au niveau mondial, on estime que les stocks de requins ont baissé entre 85% et 99% selon les espèces, en quelques années seulement

Philippe Cury tiendra sa conférence «Quels scéanrios proposer pour assurer le devenir des écosystèmes marins perturbés par l’homme?», ce mercredi, à 19h30 à l’Institut océanographique de Paris, 195, rue Saint-Jacques à Paris.

Mots-clés :