Vue aerienne de la foret amazonienne en Guyane.
Vue aerienne de la foret amazonienne en Guyane.

© 2011 AFP

Explorer les recoins de la forêt vierge depuis son ordinateur de bureau? Google Earth est en train de filmer au coeur de l'Amazonie pour ouvrir au monde entier une fenêtre sur la biodiversité de la forêt tropicale. Au fin fond de l'Amazonie brésilienne, deux femmes sont en train de faire leur lessive dans les eaux sombres du Rio Negro, quand passe, sur un bateau, l'incongru tricycle Google, équipé d'un mat bardé de caméras pour prendre des vues à 360 degrés. Le géant de l'internet Google l'a inventé pour remplacer la voiture afin de filmer des scènes de rue ou des endroits inaccessibles comme des sentiers de randonnées. Il s'agit de la première initiative d'exploration virtuelle du fleuve, sa vie sauvage et ses communautés.

Montrer au monde l’environnement et le mode de vie des peuples amazoniens

Deux «Google trikes» ont débuté en août leur périple à Tumbira, une ville amazonienne près de Manaus (nord du Brésil), l'un flottant sur un bateau et l'autre pédalant à terre. Le projet a été initié par la Fondation (brésilienne) Amazonie Durable (FAS) qui a contacté il y a deux ans le service de cartes en ligne Google Earth avec un projet ambitieux: transférer le «Street view» -qui permet aux internautes d'explorer les villes du monde entier avec des images à 360°- dans la luxuriante forêt amazonienne. «C'est incroyable d'avoir, après tous ces mois de planification, toute cette technologie ici», s'enthousiasme Gabriel Ribenboim, responsable du projet de la FAS. «C'est très important pour montrer au monde non seulement l'environnement et le mode de vie des populations traditionnelles, mais aussi le sensibiliser aux défis du changement climatique, de la déforestation et de la lutte contre la pauvreté», assure-t-il à l'AFP.

Les tricycles sont équipés de caméras qui captent sans interruption des images, transmises à Google Maps et dans les services de Google Earth pour que les internautes, en les voyant, aient l'impression d'être sur place. Les images devraient être visibles sur internet dans trois mois. «Quand j'ai vu ça, j'ai pensé à la première sonde envoyée sur Mars», explique l'architecte José Castro Caldas en s'abritant du soleil à Tumbira. «C'est drôle aussi de voir comme c'est simple: ce n'est qu'un vélo à trois roues».

Les locaux espèrent que Google attirera les touristes

Cet Argentin de 30 ans construit à Tumbira des locaux destinés aux artisans de la région qui vendront leurs produits aux touristes attirés par ce qu'ils auront pu voir sur Google Maps. Une communauté que personne ne connaît. «Quand je dis à mes amis où je suis, ils m'imaginent au milieu de la forêt en train de chasser pour survivre», s'amuse Caldas. La première phase du projet devrait durer trois semaines, le temps de parcourir 50 kilomètres sur le Rio Negro et de former une équipe locale qui poursuivra la mission.

Les membres d'une équipe de Google enseignent aux membres de la FAS et aux habitants de la région comment utiliser le tricycle et une caméra montée sur un trépied, de manière à capter des images à l'intérieur des écoles, des centres communautaires et autres espaces publics. «Nous voulons que le monde ne voit pas seulement l'Amazonie comme un endroit avec des plantes et des animaux (...) mais comme un lieu où habitent des gens», explique le directeur exécutif de la FAS Virgilio Viana.

Stopper la déforestation en offrant de nouvelles sources de revenus

La FAS espère que le projet exposera les beautés de l'Amazonie mais fera aussi comprendre qu'on peut vivre en harmonie avec la forêt. «Les gens ici ont appris à vivre depuis des siècles avec la forêt», dit-il en contemplant le Rio Negro, un affluent de l'Amazone. «La déforestation n'est pas le résultat de la stupidité, c'est une décision économique. Il faut que nous fassions en sorte que les habitants gagnent de l'argent en conservant la forêt», plaide Virgilio Viana, avec l'écotourisme, la pêche et la gestion durable des forêts.

Les familles de la région vivaient de l'abattage illégal des arbres jusqu'à l'arrivée en 2007 de la FAS (en 2007), qui a fait de la zone une réserve écologique, explique Maria do Socorro da Silva Mendonça, une habitante de Tumbira âgée de 40 ans qui n'avait jamais entendu parler de Google avant. «Je trouve merveilleux que notre communauté, que personne ne connaît, même pas à Manau (la capitale de l'État de l'Amazonas, nord-ouest) apparaisse comme ça», s'émeut Maria do Socorro.