Le rassemblement des anti gaz de schiste à Lézan, dans le Gard, le 26 août 2011.
Le rassemblement des anti gaz de schiste à Lézan, dans le Gard, le 26 août 2011. - A.Chauvet/20 Minutes

à Lézan, Audrey Chauvet

Les tentes sont plantées, le fromage de chèvre bio est arrivé et les ateliers de sculpture sur bois ont commencé. Le petit village de Lézan, dans les Cévennes, accueille pendant trois jours le rassemblement des collectifs anti-gaz de schiste. Les militants sont venus pour la plupart des environs, quadrillés par trois permis d’exploration: le permis du bassin d’Alès, de la plaine d’Alès et de Navacelles représentent au total 1.000km². Mais loin de se contenter de parler fracturation hydraulique ou pollution des nappes phréatiques, les anti-schiste ont convié les anti-nucléaire, altermondialistes et objecteurs de croissance à venir donner leur vision de la transition énergétique. Et les débats vont parfois jusqu’à évoquer la sortie du capitalisme, les indignés et le printemps arabe.

Changer le monde pour changer d’énergies?

Le débat sur la «course aux énergies fossiles» dérape rapidement vers une remise en cause de la société. Dans l’assistance, on veut «se passer des banques et des grandes surfaces, voire même des politiciens». A la tribune, Maxime Combes, d’Attac, confirme: «La société de demain est en germe ici. Il faut que l’énergie devienne un bien commun, que l’on s’oppose à la marchandisation du monde.» Le capitalisme en prend pour son grade, les indignés sont applaudis, on regarde vers la Tunisie en pensant que demain peut-être il pourrait se passer la même chose ici.

A la sortie de la table-ronde, François Veillerette, co-auteur de Le vrai scandale des gaz de schiste (ed. Les liens qui libèrent), militant au sein de Générations futures et élu régional Europe Ecologie en Picardie, explique le glissement: «Le débat sur la politique énergétique entraîne un débat sur la société de demain. Mais en tant qu’élu, je pense que le politique reste un échelon indispensable s’il est poussé et éclairé par les experts et les citoyens.»

Pas de ténor politique à Lézan

Mais justement, les politiques, où sont-ils? Pas de ténor à Lézan, pas même José Bové, pionnier de la lutte anti-gaz de schiste. «Il a été un peu trop malmené, confie Olivier Florens, jeune élu écologiste au Conseil général du Vaucluse . S’il agit, on dit qu’il récupère une cause, et s’il ne fait rien on le traite de pourri.» Edouard Chaulet, maire communiste «é-coco-lo» de Barjac (Gard), est simplement venu en voisin: dans sa commune, située sur la zone du permis d’Alès, des collectifs anti-schiste se sont formés. «Mon rôle est d’alerter et aider les collectifs», pense-t-il.

Si les politiques sont absents, c’est peut-être aussi parce qu’ils n’ont pas de réponse concrète  à la question de la transition énergétique. Les représentants du Parti communiste, du Parti de gauche ou du NPA qui ont exposé leurs points de vue en fin de journée s’accordaient sur une nécessaire sobriété, une sortie du nucléaire à plus ou moins court terme et une relocalisation de la production d’énergie. Rien de très précis. Olivier Florens, lui, a réussi à faire installer des panneaux solaires sur les collèges du Vaucluse. Un petit pas pour commencer à changer le monde.