Une falaise qui protégeait Fukushima contre les tsunamis rabotée lors de la construction de la centrale

JAPON Un ancien salarié de Tepco dénonce une manoeuvre purement économique...

Audrey Chauvet

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La centrale de Fukushima dévastée, un mois après le tsunami du 11 mars 2011.

La centrale de Fukushima dévastée, un mois après le tsunami du 11 mars 2011. — NEWSCOM/SIPA

La nature est bien faite: à Fukushima, bien avant que cette région japonaise ne devienne tristement célèbre, une falaise haute de 35m formait un barrage naturel contre l’océan et les tsunamis relativement fréquents dans cette zone sismique. Mais les intérêts économiques vont parfois à l’encontre de la nature: un ancien employé de Tepco, Katsumi Naganuma, âgé de 70 ans, a déclaré mardi au Japan Times avoir assisté au rabotage de la falaise lors de la construction de la centrale, il y a quarante ans. Ce serait notamment pour réduire les coûts de transport de l’eau de mer servant au refroidissement de la centrale que Tepco a écrêté la falaise de 25m.

Les sismologues estimaient que les vagues ne dépasseraient pas 3m

Dans les années 1960, Katsumi Naganuma travaillait à la construction de la centrale de Fukushima. Aujourd’hui, il a été obligé d’évacuer la région: «Quand je vois la situation dans laquelle nous sommes, je me dis que nous n’aurions pas dû raboter autant la falaise», confie-t-il au Japan Times, qui s’est penché sur des documents datant de la construction de la centrale.

La décision d’abaisser la falaise a été prise par Tepco  avec l’autorisation des autorités de sûreté nucléaire japonaises et la bénédiction des sismologues qui pensaient alors que des séismes et des tsunamis majeurs ne frapperaient pas la centrale. «Durant les 700 dernières années, Fukushima n’a subi aucun dommage important à cause d’un séisme, excepté dans la zone de Aizu, peut-on lire dans un rapport de 1966 soumis au gouvernement japonais pour obtenir l’autorisation de construction de la centrale. En conséquence, le site peut être considéré comme une zone à faible sismicité.» Les sismologues avaient alors estimé que le plus fort tsunami qui toucherait Fukushima ne serait haut que de 3,1m. Les vagues qui se sont abattues sur la centrale le 11 mars dernier mesuraient 14m. 

Une analyse coûts-bénéfices à l’origine de la décision

De son côté, l’ancien vice-président de Tepco, Masatoshi Toyota, soutient que la falaise a été rabotée pour construire la centrale directement sur la roche-mère afin de limiter les effets d’un séisme. Cela s’expliquerait également, selon lui, par les pompes à eau de mer, qui ne pouvaient pas passer au-dessus de la falaise, et par la livraison de très lourds équipements par bateau, notamment la cuve du réacteur qui pèse 500 tonnes.

Deux documents rédigés par des ingénieurs de Tepco dans les années 1960 laissent toutefois penser que la principale raison pour raboter la falaise a été une analyse coûts-bénéfices concernant les pompes à eau de mer: «Nous avons décidé de construire la centrale au niveau de la mer après avoir comparé les coûts de construction avec les coûts occasionnés par l’élévation des pompes», écrivait Hiroshi Kaburaki, responsable de la construction du réacteur numéro 1 de Fukushima, en janvier 1969.

Selon un bilan publié mardi par l’assureur allemand Munich Re, le séisme du 11 mars a coûté 210 milliards de dollars (150 milliards d’euros) au Japon. Tepco a subi un déficit net d’environ 11 milliards d'euros lors de l'exercice 2010-2011 et pourrait avoir à débourser plus de 8,5 milliards d'euros  d'indemnités aux personnes évacuées.

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