Frédéric Lanoë, directeur de EDP France, quatrième opérateur éolien en France.
Frédéric Lanoë, directeur de EDP France, quatrième opérateur éolien en France. - DR

Propos recueillis par Audrey Chauvet

A première vue, c’est David contre Goliath: EDP France, filiale d’Electricité du Portugal, va devoir affronter, entre autres, le consortium GDF Suez-Vinci-Areva et le rapprochement EDF-Alstom pour remporter l’appel d’offres pour l’installation d’éoliennes en mer lancé lundi par le gouvernement. Mais en y regardant de plus près, EDP peut se prévaloir d’un savoir-faire que les nouveaux venus n’ont pas encore: avec ses 6.676 mégawatts installés dans le monde, le groupe est le troisième opérateur mondial dans l’éolien et le quatrième en France avec environ 150 éoliennes terrestres. Le directeur d’EDP France, Frédéric Lanoë, est confiant dans la capacité de son groupe à répondre aux attentes françaises mais s’inquiète pour l’avenir de l’éolien terrestre.

Pensez-vous avoir une chance face aux géants français qui seront face à vous dans cet appel d’offres?

Nous espérons que la France jouera la carte européenne. Nous avons les capacités financières et techniques. Avec environ 1.000 éoliennes en mer dans le monde, l’éolien offshore est maîtrisé. La profession sait traiter les fondations pour les rendre pérennes, installer des systèmes d’air pulsé pour résister au vent salin et concevoir des bateaux pour intervenir sur les parcs.

Quelles sont les difficultés spécifiques pour construire des éoliennes en mer?

Il faut tenir compte de la houle et de la profondeur. Les coûts sont trois à quatre fois plus élevés que pour l’éolien terrestre, mais une éolienne en mer produit 50 à 100% plus d’électricité. Pour cette raison, cette énergie restera plus chère pendant encore quelque temps mais il y a des perspectives d’économies d’échelle.

Les critères de l’appel d’offres vous semblent-ils pertinents?

Nous nous félicitons de cette prise de décision gouvernementale. Je pense toutefois que les zones définies sont trop petites pour produire 3.000 MW: il faut considérer que chaque éolienne doit être éloignée de ses voisines pour produire à pleine puissance. Nous pensons que 2.500 MW sont réalisables. En revanche, la fixation d’un prix de rachat supérieur ainsi que cela a été décidé est une bonne nouvelle. 

Quelles sont les perspectives de créations d’emplois?

En France, il faudra 50 à 100 opérateurs permanents pour 100 machines. Aujourd’hui, 10.000 personnes vivent de l’éolien en France, avec l’objectif du Grenelle d’installer 25.000 MW d’ici à 2020, ce sont 60.000 emplois qui seront créés. 

Un des critères de sélection sera la prise en compte de l’environnement. Qu’allez-vous proposer sur ce sujet?

Vue du littoral, une éolienne à 10km des côtes c’est une tête d’épingle, d’autant plus qu’avec la brume on ne les voit pas tout le temps. Des ornithologues ont constaté que les oiseaux évitaient les pales des éoliennes et les migrations au-dessus de la mer ont souvent lieu à très haute altitude. Pendant la construction, il faut éloigner les animaux sensibles comme les dauphins, mais nous savons le faire en émettant des ondes au démarrage. Il peut même y avoir des effets bénéfiques: au Danemark, on a observé un accroissement de la biomasse de 10 à 20% car les crabes et des mollusques se fixent sur les fondations.

L’offshore peut-il doubler l’éolien terrestre?

Le gouvernement a fait de l’offshore une priorité et nous nous en réjouissons, mais l’éolien terrestre reste l’énergie renouvelable la moins chère après l’hydraulique. Malheureusement, depuis le début de l’année le nombre d’installations diminue. Les parcs de moins de cinq éoliennes sont interdits, ce qui supprime 20% des projets en développement, les délais d’obtention des permis sont trop longs (deux ans en moyenne contre six mois en Belgique) et les tarifs de rachat baissent alors que nous sommes soumis à une fiscalité de moins en moins avantageuse. Nous sommes assez inquiets, il faudrait un vrai plan Marshall de l’éolien en France.