En Allemagne, une centrale nucléaire jamais utilisée se transforme en parc d'attractions

NUCLEAIRE Une idée pour recycler les centrales qui seront arrêtées à la suite de la décision du gouvernement allemand?

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Un manège installé sur une ancienne tour de refroidissement de la centrale nucléaire de Kalkar, en Allemagne, reconvertie en parc d'attractions.

Un manège installé sur une ancienne tour de refroidissement de la centrale nucléaire de Kalkar, en Allemagne, reconvertie en parc d'attractions. — AFP PHOTO / PATRIK STOLLARZ

Tout se recycle, même les centrales nucléaires. En Allemagne, pays qui a décidé de renoncer à l'énergie nucléaire d'ici 2022, une centrale jamais mise en service à Kalkar (nord-ouest) au bord du Rhin a été reconvertie en un parc d'attractions. Manèges, glaces et frites à volonté donnent des airs de fête foraine à l'ancienne centrale, située à quelques kilomètres des Pays-Bas, qui devait être à l'origine un fleuron technologique.

«Nous précisons dans nos brochures que la centrale n'a jamais fonctionné»

A Kalkar, rien ne se perd, tout se transforme. Même l'imposante tour de refroidissement a trouvé son utilité: recouverte d'une fresque de paysage alpestre, sa paroi en béton sert de mur d'escalade. Les bâtiments des turbines et du réacteur contiennent des chambres d'hôtel, des restaurants et des bars, dans des décors évoquant l'Egypte antique ou l'Ouest américain. Repas et boissons sont à volonté, y compris l'alcool, selon des formules forfaitaires. «Nous n'avons réaménagé qu'un tiers des bâtiments à ce jour», déclare Han Groot Obbink, le directeur du parc. Une piscine intérieure, un spa, des boutiques et un village bavarois sont prévus dans les années à venir, pour attirer plus de monde en hiver. Pour rassurer certains visiteurs méfiants, «nous précisons systématiquement dans nos brochures que nous n'avons rien à voir avec le nucléaire. La centrale n'a d'ailleurs jamais fonctionné», insiste le directeur néerlandais.

Bien avant que le gouvernement allemand décide de fermer définitivement ses centrales nucléaires d'ici 2022, celle de Kalkar était mort-née. Dans les années 1970, l'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas avaient décidé de bâtir à Kalkar une centrale nucléaire d'un genre nouveau, un «surgénérateur», qui devait produire plus de combustible fissile qu'il n'en consommait grâce à un réacteur à neutrons rapides (RNR). Mais le projet avait aussitôt soulevé de vives craintes. «Le sodium, utilisé pour refroidir les neutrons rapides, est inflammable au contact de l'air et de l'eau», rappelle Willibald Kunisch, un ancien opposant à la centrale et aujourd'hui représentant des Verts au conseil municipal de Kalkar. Il se souvient des grandes manifestations de 1977 et de 1982 à Kalkar, qui avaient réuni des dizaines de milliers de manifestants et contribué à l'essor du parti Vert.

«Wunderland Kalkar» accueille 600.000 visiteurs par an

Des exigences de sécurité constamment modifiées, des procès en série, les catastrophes nucléaires de Three Mile Island aux Etats-Unis et de Tchernobyl en Ukraine, ou encore le contre-choc pétrolier de 1986 ont lentement creusé la tombe du surgénérateur, dont le coût ne cessait d'enfler. Le projet est définitivement enterré en 1991, après avoir englouti quelque 7 milliards de Deutschemarks --environ 3,5 milliards d'euros. Un entrepreneur néerlandais, Hennie van der Most, spécialiste de la reconversion de friches industrielles, rachète quatre ans plus tard le site et ses environs, soit une cinquantaine d'hectares, pour quelque 3 millions de marks (1,5 million d'euro).

Aujourd'hui «Wunderland Kalkar» accueille 600.000 visiteurs par an et emploie jusqu'à 550 personnes en haute saison, selon Han Groot Obbink. Willibald Kunisch regrette que d'autres projets de réhabilitation du site n'aient pas été retenus. «Certains proposaient d'en faire un centre d'énergies renouvelables, mais les temps n'étaient pas encore mûrs pour cela. A l'époque c'était nous, les écologistes, qui passions pour des fous». En France les surgénérateurs Phénix et Superphénix ont aussi été abandonnés. Mais la recherche mondiale se poursuit sur le nucléaire de quatrième génération, vanté par ses promoteurs pour sa meilleure utilisation de l'uranium et le recyclage durable du combustible.