Tristan Lecomte, fondateur de la societe Alter Eco.
Tristan Lecomte, fondateur de la societe Alter Eco.

Propos recueillis par Audrey Chauvet

Il incarne le commerce équitable en France. Tristan Lecomte, 37 ans et ancien diplômé d’HEC, a fondé l’entreprise Alter Eco en 1998. Un succès qui lui a permis de figurer dans le classement 2010 du Time magazine des cent personnalités les plus influentes au monde. Aujourd’hui,  Tristan  Lecomte quitte le monde des chocolats et des jus de fruits pour se consacrer à «Pur projet», un collectif de lutte contre la déforestation et le réchauffement climatique. Il explique ses raisons à 20minutes.fr.

Après l’engouement des premières années, votre départ d’Alter Eco correspond-il à un essoufflement du commerce équitable en France?

Il y a indéniablement une nouvelle configuration du marché du commerce équitable, qui est confronté aujourd’hui à des problématiques de gestion et ce n’est pas là que je peux être le plus utile. Après douze ans chez Alter Eco, je veux maintenant aider les grandes entreprises de tous les secteurs à intégrer le changement dans leurs pratiques. Alors qu’avec Alter Eco l’impact est limité, là il peut y avoir un effet significatif car le réchauffement climatique, ça parle à tout le monde.

Quel est le concept de «Pur Projet»?

On cherche comment apporter toujours plus de valeur sociale et environnementale aux entreprises et comment elles peuvent progressivement intégrer tous les enjeux du développement durable. Nous travaillons déjà avec une cinquantaine d’entreprises dans le but de reforester au maximum. Nous en sommes à 2,5 millions d’arbres plantés et nous avons 40.000 hectares de forêt en concession.

Pouvez-vous nous donner un exemple de projet?

Vittel s’est engagé fortement dans la reforestation. Au départ, la marque n’était pas très visible sur le développement durable, même si elle a toujours eu une politique de préservation de la source. Depuis que nous travaillons avec eux, ils ont replanté 350.000 arbres, soit l’équivalent du CO2 émis par la fabrication des bouteilles, et ont pris en concession 30.000 hectares de forêt. Aujourd’hui, l’engagement environnemental fait partie intégrante de leur ADN et les perspectives sont intéressantes car le groupe Nestlé pourrait s’y mettre.

Vous n’avez pas peur d’être accusé de racheter une «bonne conscience» à ces grandes entreprises?

Aujourd’hui, ce genre de critiques freine l’action alors qu’il y a urgence. Même si les entreprises viennent par opportunisme, elles restent par conviction, comme le disait Nicolas Hulot. Comme j’ai espéré que le commerce équitable influencerait tout le marché, j’espère que toutes les entreprises s’engageront contre le réchauffement. 

Quel est l’intérêt pour elles sinon en termes d’image et de marketing?

Tant mieux si c’est pour la communication, car elles sont alors obligées de pérenniser l’engagement. Ce serait de la mauvaise foi de penser que l’entreprise doit faire de la philanthropie, il faut que ça leur rapporte quelque chose. Je pense qu’il faut toujours les pousser à faire plus et mieux plutôt que de dire «vous faites du greenwashing, arrêtez tout». Les entreprises qui s’engagent dans nos projets bénéficient aussi de crédits carbone qu’elles peuvent échanger sur un marché.