Des employés de Tepco travaillent dans la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, le 23 mars 2011.
Des employés de Tepco travaillent dans la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, le 23 mars 2011. - NEWSCOM/SIPA

Les sacrifiés de Fukushima ne connaissent pas de répit. Poussés aux limites de la résistance humaine, les employés de la centrale nucléaire accidentée reçoivent des doses énormes de radioactivité et ne quittent leur combinaison de protection que pour s'écrouler sur un matelas de plomb. Depuis que la centrale de Fukushima Daiichi (Fukushima 1) a subi le tremblement de terre de magnitude 9 et un tsunami allant jusqu'à 14 mètres de haut, des techniciens, des «super pompiers» et des soldats se tuent à la tâche dans un environnement radioactif.

Ils tirent des câbles pour rétablir l'électricité, dégagent les débris encombrant les sites, aspergent les réacteurs privés de systèmes de refroidissement et tentent de relancer le fonctionnement d'équipements. Portant une combinaison, des gants doublés et un masque de protection, et équipés de lampes de poche pour s'éclairer dans des lieux souvent plongés dans la pénombre, les équipes se succèdent 24 heures sur 24 avant de goûter un court repos. Les travailleurs du risque dorment dans un bâtiment situé dans l'enceinte même de la centrale, prévu pour résister en partie aux radiations, qui atteignent toutefois un taux supérieur à la normale dans cet espace confiné.

«Nous mangeons deux fois par jour»

Ils dorment dans des conditions précaires, avec en guise de matelas une natte en plomb censée faire barrage aux rayonnements et réduire le danger. «Les employés dorment en groupe dans des salles de réunion, les couloirs ou près des salles de bain. Tout le monde dort à même le sol», explique Kazuma Yokota, un surveillant de la centrale. «Nous mangeons deux fois par jour. Au petit-déjeuner, des biscuits énergétiques, au dîner du riz instantané et des aliments en conserve», explique-t-il à une équipe de télévision nippone, des poches sous les yeux.

Dans les premiers jours de la crise, chaque intervenant ne recevait qu'un litre et demi d'eau en bouteille, a-t-il regretté, précisant que certains s'étaient plaints de ne pouvoir changer leurs sous-vêtements pendant deux semaines. «Nous voulons éviter autant que possible de rester trop longtemps (sur le site de la centrale), car nous sommes exposés en permanence aux radiations», souligne Kazuma Yokota. Les difficultés rencontrées par les 500 personnes, employés de la compagnie d'électricité gérant le site, Tokyo Electric Power (Tepco), ou des sous-traitants pour stabiliser la situation risquent toutefois de prolonger la durée des travaux.

«Je ne pense pas pouvoir trouver d'autres salariés qui accepteraient d'y aller»

Le porte-parole du gouvernement a reconnu pour sa part que la rotation des travailleurs n'était «pas suffisante». «Il est difficile de trouver des remplaçants ayant des compétences pointues», capables d'aider à la relance cruciale du système de refroidissement des réacteurs, a souligné un responsable de l'entreprise Hitachi, qui a envoyé 170 personnes à Fukushima Daiichi. Deux ouvriers ont été irradiés la semaine dernière, après avoir marché, équipés de simples bottines, dans de l'eau ayant fui dans une salle des machines.

«Les conditions de travail étant de plus en plus dangereuses, je ne pense pas pouvoir trouver d'autres salariés qui accepteraient d'y aller», a confié un sous-traitant au journal Asahi. La limite légale de radiations autorisées pour le personnel du nucléaire en temps de crise a été relevée à 250 millisieverts par an depuis l'accident de Fukushima, contre 100 auparavant. Une exposition annuelle à plus de 100 millisieverts augmente les risques ultérieurs de cancer, d'autant que la radioactivité «absorbée» est quasiment acquise pour toute la vie et se cumule avec les expositions futures. En conséquence, les employés se voient demander de ne pas rester trop longtemps en action et de multiplier les temps de pause, afin d'éviter que leur taux de radioactivité personnel ne monte à 250 millisieverts, ce qui leur interdirait de continuer le travail.

Mots-clés :