Le nucléaire ou l'impossible transparence?

DECRYPTAGE Des progrès restent à faire depuis l'accident de Tchernobyl...

Catherine Fournier

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La centrale nucléaire de Tricastin, en septembre 2010.

La centrale nucléaire de Tricastin, en septembre 2010. — Claude Paris/AP/SIPA

A la question «Avez-vous peur du nuage radioactif ?», 60% des internautes de 20minutes.fr avaient répondu «non» ce mercredi à 16h. La confiance entre les autorités et le public aurait-elle été rétablie en matière de nucléaire en France? Les messages respectifs de l’Institut de sûreté et de radioprotection national (Irsn), de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et du ministère de l’Environnement sur l’innocuité de ce nuage radioactif semblent en tout cas avoir été entendus.

Difficile, pour autant, de faire autrement, les informations relatives au nucléaire étant par nature techniques et difficiles d’accès. Dans ce domaine, «le citoyen est dépendant de ceux qui  fournissent l’information», note Didier Heiderich, président de l’Observatoire international des crises. Si cette passivité contrainte n’est pas propre au secteur - face à son garagiste ou son plombier, le citoyen français peut être tout aussi démuni - les enjeux sont bien évidemment plus importants et la menace souvent invisible. D’où la nécessaire pédagogie des autorités en la matière.

Un droit à l’information

Une pédagogie relativement récente, toutefois. Ce droit  à l’information a été inscrit dans la loi de 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire. «Cette loi reconnaît a posteriori le caractère hermétique du nucléaire», souligne Yves Marignac, directeur de l’agence Wise-Paris et consultant sur la question du nucléaire. Une évolution contrainte et forcée après l’accident de Tchernobyl en 1986 et la polémique qui s’en est suivie en France sur le passage du nuage radioactif, arrêté pour certains aux frontières de l’Hexagone.

Depuis, «il y a eu une perte totale de confiance», ajoute le spécialiste. Pourquoi une telle opacité à l’époque? «Le lobby nucléaire a jugé qu’il valait mieux ne pas informer la population des risques encourus pour préserver la filière industrielle», répond Yves Marignac. Une filière d’intérêt national depuis le lancement du premier grand programme nucléaire en 1973, sans débat parlementaire. Un choix politique, qui explique en partie aujourd’hui pourquoi le discours sur le nucléaire a longtemps été du côté de la «doctrine» plutôt que de la transparence, selon Didier Heiderich.

Un secret inhérent au secteur

Des progrès ont néanmoins été faits. «La tentative de restaurer la confiance en communiquant beaucoup sur le Japon va dans le bon sens», estime Didier Heiderich. La roue a tourné. «Aujourd’hui, on estime que c’est ne pas délivrer d’informations qui pourrait nuire à la filière», renchérit  Yves Marignac.

Malgré tout, le secret reste inhérent à ce secteur, pour des raisons de sécurité d’abord. «Toute communication transparente risquerait d’exposer les centrales à un contournement des mesures de sécurité», explique Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de guerre économique, évoquant le risque d’attentat.  Par ailleurs, comme dans toute industrie, chaque secret de fabrication est jalousement gardé. Si le marché du nucléaire est relativement restreint, avec peu d’acteurs, la France dispose «d’un avantage concurrentiel important en matière de sécurité et d’innovation», ajoute Christian Harbulot.

Malgré tout, de l'avis de Didier Heiderich, le débat national sur le nucléaire réclamé à cor et à cri par une partie de la société française semble une étape nécessaire. «Si ce débat n’a pas lieu et qu’un accident nucléaire survient en France, la perte de confiance sera totale», prévient-il. Beaucoup de questions restent en suspens, comme celle de l’indépendance énergétique et des déchets nucléaires. Des questions qui appellent à une «réflexion et une responsabilité collective», conclut le spécialiste.