Malgré les efforts déployés sur le site de Fukushima depuis une semaine, la situation ne semble pas s’améliorer. Les tentatives pour refroidir le coeur des réacteurs ont échoué et tous les experts redoutent désormais le pire. Quel est ce scénario? 20minutes.fr fait le point

La centrale n’exploserait pas…

Selon Roland Desbordes, expert de la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité), le risque d’explosion nucléaire «est très peu probable». «Pour cela, il faudrait que les réactions de fission deviennent explosives», explique-t-il à 20minutes.fr. Si cela n’est pas impossible dans l’absolu, les seules explosions que l’on risque de  voir sont du même ordre que celles qui ont déjà eu lieu autour à Fukushima: des réactions entre l’hydrogène et l’oxygène dues à la vapeur d’eau rejetée dans l’air. Ce sont ces explosions qui ont créé le nuage radioactif dont on parle depuis quelques jours.

Mais le coeur des réacteurs fondrait…

Si le refroidissement des réacteurs nucléaires échoue, leur coeur pourrait fondre. Les pastilles d’uranium s’accumuleraient alors au fond de la cuve, formant un corium, sorte de grosse boule de métal en fusion à 3.000°C, explique Roland Desbordes. Ce corium pourrait alors transpercer la cuve, puis la dalle de béton en dessous de la centrale, et enfin la roche et la terre. «A Tchernobyl, les Russes ont creusé des galeries pour congeler la Terre avec des camions frigorifiques, se rappelle l’expert. La boule de corium a été arrêtée. Si on ne peut pas la refroidir, elle va avoir des conséquences sur les nappes phréatiques et les sols en général.»

Et la zone serait sinistrée pour longtemps…

«C’est sûr que les zones autour de Fukushima seraient vidées de toute population. Il y aura une zone d’exclusion au moins temporaire, peut-être définitive», pense Roland Desbordes. Une contamination locale serait certaine et se disperserait certainement dans les régions environnantes avec le vent. Cette contamination, encore difficile à prédire, pourrait être forte en raison des combustibles utilisés: «Le réacteur n°3 fonctionne avec un combustible particulièrement dangereux, le Mox, explique Sophia Majnoni, de Greenpeace France. Les conséquences restent à déterminer, mais elles peuvent être dramatiques.»

Avec des conséquences pires qu’à Tchernobyl?

La différence majeure entre l’accident de Tchernobyl et celui de Fukushima est l’incendie qui a eu lieu dans la centrale ukrainienne à cause du graphite présent en grande quantité. C’est l’incendie qui a projeté les particules radioactives assez haut dans l’atmosphère et a favorisé leur dispersion. «A Fukushima, il n’y a pas de graphite, mais par contre il y a six réacteurs, alors qu’il n’y en avait qu’un à Tchernobyl», rappelle Roland Desbordes.