Peut-on se passer du nucléaire?

ENERGIE Alors que de nombreux pays redoublent de prudence après les accidents dans les centrales japonaises, la France peut-elle se passer du nucléaire?...

Audrey Chauvet

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La centrale nucléaire de Tricastin, en septembre 2010.

La centrale nucléaire de Tricastin, en septembre 2010. — Claude Paris/AP/SIPA

Eldorado du nucléaire, qui fournit plus de 80% de son électricité, la France a du mal à imaginer vivre sans ses centrales. Pourtant, après les accidents survenus au Japon dans les centrales, les anti-atome reviennent à la charge et demandent une sortie progressive du nucléaire. Mais par quoi remplacer les centrales?

«Ce serait relativement simple si on se donnait le temps», affirme Yves Marignac, consultant en énergie, qui a collaboré au scénario Négawatt. «Avec une maîtrise de la consommation et le développement des énergies renouvelables, on peut fermer les réacteurs en fin de vie et ne plus avoir de nucléaire en 2040», explique l’expert.

Des bâtiments et des transports plus efficaces

Pour cela, la première étape serait de stabiliser la consommation d’électricité: selon Yves Marignac, «avec des actions simples sur l’éclairage, les veilles et des choses plus lourdes comme la rénovation thermique des bâtiments, on peut conserver notre confort». L’abandon du chauffage électrique et la rénovation pourraient diviser par quatre la consommation d’énergie dédiée au bâtiment. «La sobriété et l’efficacité énergétiques pourraient diminuer nos besoins de 25%», confirme Sophia Majnoni, de Greenpeace.

Les transports seraient également à reconsidérer: «La réponse actuelle de la voiture électrique est absurde car son impact sur le réseau électrique impliquerait des appels de puissance ingérables, explique Yves Marignac. Il faut un nouveau rapport à la mobilité dans une logique globale d’aménagement du territoire.»

Développer au maximum les renouvelables

Rapport détaillé à l’appui, les membres du réseau Sortir du nucléaire assurent que l’énergie nucléaire peut être entièrement remplacée par les énergies renouvelables, dont le potentiel de production augmente d’année en année.  «Il faut développer au maximum l’éolien, le solaire, la biomasse, le biogaz, la géothermie, etc», résume Charlotte Mijeon, porte-parole de Sortir du nucléaire.

Mais en prenant soin de sortir d’un schéma centralisé de production précise Yves Marignac: «Il faut un réseau décentralisé et flexible», à l’image de celui imaginé par Greenpeace dans son rapport «Révolution énergétique». Des panneaux solaires sur toutes les façades des immeubles, des capteurs solaires thermiques pour l’eau chaude, des mini-centrales de cogénération de chaleur et d’électricité dans les caves et un approvisionnement depuis les fermes éoliennes terrestres et off-shore permettraient de répondre à la demande d’énergie dans des bâtiments basse consommation, voire à énergie passive.

Suivre l’exemple allemand?

Abandonner le nucléaire, «ce serait une transformation technique, organisationnelle, politique et comportementale», prévient Yves Marignac. Beaucoup de conditions qui risquent d’avoir du mal à passer, à l’image de l’Allemagne où les revirements politiques ont freiné la sortie du nucléaire décidée en 2000. «Ils ont alloué un quota de courant aux réacteurs mais le développement des énergies renouvelables impose de passer à d’autres réseaux et l’industrie du nucléaire bloque», déplore Charlotte Mijeon.

La part du nucléaire dans la production d’électricité est toutefois passée outre-Rhin de 30 à 25% entre 2000 et 2008, tandis que les énergies renouvelables sont en pleine croissance: leur part atteint plus de 16% de la consommation électrique, permettant au pays de réduire ses émissions de CO2 de 109 millions de tonnes en 2009.