«Manger peut-il nuire à notre santé?», un reportage pour mieux connaître nos assiettes

ALIMENTATION Le reportage diffusé mercredi à 22h55 sur France 3 retrace l'origine de quatre produits largement consommés par les Français...

Audrey Chauvet

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Exploitation porcine à Douarnenez, en Bretagne.

Exploitation porcine à Douarnenez, en Bretagne. — ZEPPELIN/SIPA

Attention, ce reportage risque de vous couper l’appétit. Pommes, porc, saumon et pain: quatre des aliments les plus consommés en France ont été traqués par la journaliste Isabelle Saporta et analysés par cinq scientifiques renommés. Ce qu’ils ont pu filmer confirme que nos assiettes regorgent de pesticides, antibiotiques ou métaux lourds et sont devenues des menaces pour notre santé.

Des pommes empoisonnées

Point de départ du film, l’analyse de sang d’Isabelle Saporta laisse apparaître un nombre incroyable de produits chimiques: résidus de pesticides, métaux lourds ou même DDT. Pour les experts réunis à l’occasion du film, ce n’est pas une surprise: notre alimentation nous expose à de multiples substances, potentiellement cancérigènes. «Ce sont des analyses classiques, qui seraient les mêmes pour tous les Français», commente le toxicologue André Picot.

Isabelle Saporta est partie à la recherche de ces substances dans les champs et les élevages. Manger une pomme, geste a priori sain, devient beaucoup moins rassurant lorsqu’on apprend que les producteurs les aspergent de 26 traitements avant de les cueillir et que l’on retrouve cinq résidus de pesticides différents lorsqu’on les analyse. «Chaque jour, un Français absorbe vingt à trente résidus de pesticides différents», alerte François Veillerette, de l’association Générations futures.

Un nuancier pour la couleur des saumons

Pas mieux pour le pain: un tiers des boulangers français s’approvisionne en farine auprès des Grands moulins de Paris qui utilisent des insecticides de stockage que l’on retrouve dans le produit final. Et si vous pensiez que le pain complet était un aliment «santé», détrompez-vous: le grain étant entier, la farine est plus contaminée par les insecticides que la farine blanche. Quant aux nombreuses boulangeries qui utilisent des préparations surgelées ou des poudres prêtes à l’emploi pour le pain, elles fabriquent des baguettes et des croissants plein de conservateurs, stabilisants, etc.

Les animaux ne sont pas mieux lotis. Les porcs élevés en batterie sont soignés aux antibiotiques, souvent non détectables dans la viande, et les contrôles vétérinaires dans les abattoirs se font «visuellement». Les saumons de Norvège sont eux nourris et élevés «selon les demandes du marché». Une éleveuse montre ainsi un nuancier de couleurs: les acheteurs choisissent de quelle couleur doit être le saumon et les colorants adéquats sont ensuite introduits dans leur nourriture.

Les portes des élevages sont difficiles à franchir

Si le reportage peut faire peur, il a toutefois le mérite de nous emmener dans des endroits gardés assez secrets par l’industrie agro-alimentaire : «Aujourd’hui, pour aller filmer des élevages de porcs ou de saumons, c’est quasiment mission impossible», témoigne Eric Guéret, le réalisateur du film.

Et l’on y apprend aussi comment manger en mettant un peu moins sa santé en danger: privilégier les artisans assurant la traçabilité de leurs aliments, consommer de la viande provenant d’animaux nourris au lin pour augmenter la proportion d’Omega 3 dans la nourriture et se méfier des plats cuisinés, souvent trop sucrés, trop gras et préparés avec les chutes de poissons. Vous verrez autrement vos lasagnes au saumon sous vide après ce reportage.