Un des six visuels de la campagne de France Nature Environnement, menée du 15 au 21 février 2011.
Un des six visuels de la campagne de France Nature Environnement, menée du 15 au 21 février 2011. - France Nature Environnement

Audrey Chauvet

Une «censure» pour France nature environnement. La fédération d'associations environnementales a dénoncé ce mardi «l'absence de trois des six visuels» de sa campagne contre l'agriculture intensive, sur certains panneaux parisiens aux métros Odéon, Montparnasse et Saint-Lazare. FNE se dit d'autant plus surpris que, attaquée par deux syndicats agricoles, elle avait obtenu gain de cause devant le tribunal. «Ce retournement de dernière minute concerne le volet algues vertes de la campagne, ayant fait l'objet d'un référé remporté par FNE.» FNE «demande que l'affichage prévu soit respecté et s'indigne de devoir ainsi pousser un cri d'alarme face à cette censure.»

La fédération d’associations écologistes FNE (France Nature Environnement) avait lancé ce mardi une campagne choc contre les méfaits de l’agriculture industrielle. Deux interprofessions agricoles, celles des filières porcine et bovine (Inaporc et Interbev), avaient saisi la justice pour faire interdire les visuels, mais le tribunal leur a donné tort lundi soir, jugeant que la campagne ne contenait pas d’attaque personnelle. L’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) a également donné son accord.

«Kill bees» fait peur aux agriculteurs

Un épi de maïs OGM pointé sur la tempe, un enfant qui joue au milieu des algues vertes sur une plage bretonne ou l’affiche du film Kill Bill transformée en bidon de pesticides et intitulée «Kill bees»: les visuels de FNE ont choqué la profession agricole.  «Les éleveurs de porcs en ont ras le bol d'être toujours cité en première ligne, quoi qu'ils fassent. Nous sommes ouverts à la discussion mais cette campagne n'est pas faite pour provoquer le débat, ce sont des accusations gratuites pour faire parler d'eux» a regretté Inaporc, concerné par l’affichage sur les algues vertes. Du côté de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), on préfère ignorer le message virulent de FNE et on dénonce «une campagne parisienne de dénigrement».

Les syndicats agricoles et FNE se connaissent pourtant bien, puisqu’ils participent ensemble aux travaux législatifs, notamment le plan Ecophyto 2018, qui vise à diminuer l’utilisation de pesticides de 50% d’ici à 2018. Mais pour Benoît Hartman, porte-parole de FNE, l’élan donné par le Grenelle de l’environnement s’essouffle et les associations ont besoin de soutien: «Nous avons choisi cette mise en scène car nous avons besoin que l’opinion publique soit derrière nous. Mais le message de fond n’est pas original: depuis quarante ans nous disons qu’il faut changer de modèle agricole», explique-t-il à 20minutes.fr.

«Se réveiller tant qu’il est encore temps»

Profitant de l’exposition médiatique du Salon de l’agriculture, FNE assure ne pas s’attaquer aux agriculteurs mais plutôt à un mode de production «intensif, extrême et déraisonnable»: «Le grand public sait qu’il existe un autre type d’agriculture mais qu’il est minoritaire. L’avenir est à une agriculture moderne et raisonnable avec moins d’intrants et cette campagne est destinée à faire évoluer les pratiques et les lois», plaide Benoît Hartman. Et si FNE a décidé de frapper fort, c’est parce qu’il faut «se réveiller tant qu’il est encore temps»: «La mise en valeur des bonnes pratiques n’a pas eu un écho suffisant. Or, ce sont des enjeux de société qui ont un impact sur la santé, le tourisme, l’économie,…», rappelle le porte-parole de FNE.