Air: La France menacée de sanctions par l'Europe

POLLUTION – La concentration de particules fines dans les grandes agglomérations pourrait amener l'Union européenne à appliquer des sanctions financières exemplaires à l'encontre de la France...

Mickaël Bosredon

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un panneau annonce la limitation de vitesse sur le boulevard périphérique, le 10 août à Paris, à cause du pic de pollution par l'ozone atteint pour la troisième journée consécutive dans la capitale, due à la chaleur et aux gaz d'échappement des véhicules. Le vice-président du Conseil régional d'Ile-de-France chargé de l'environnement, Alain Rist, a aussi demandé à la RATP te à la SNCF d'accroître l'offre de transports en commun.

un panneau annonce la limitation de vitesse sur le boulevard périphérique, le 10 août à Paris, à cause du pic de pollution par l'ozone atteint pour la troisième journée consécutive dans la capitale, due à la chaleur et aux gaz d'échappement des véhicules. Le vice-président du Conseil régional d'Ile-de-France chargé de l'environnement, Alain Rist, a aussi demandé à la RATP te à la SNCF d'accroître l'offre de transports en commun. — Pascal Guyot AFP/Archives

La France va-t-elle devoir payer pour ses trop nombreuses particules? L’association environnementale Ecoforum a publié ce lundi un communiqué informant que «l'Europe s'acheminerait vers une sanction financière exemplaire à l'attention de la France», à cause des dépassements des normes limites de particules fines (PM10) dans l’atmosphère observées sur plusieurs de ses agglomérations depuis plusieurs années. «L'échéance pour les PM10 était fixée à 2005 et l'Etat français a travaillé au report des sanctions» rappelle le président de l'association Victor Hugo Espinosa. Mais le 28 octobre dernier, indique le communiqué, «la Commission européenne enjoignait la France et la Hongrie de se conformer aux règles de l'Union (...) Elle considérait que ces Etats n'ont pas remédié efficacement au problème des émissions excédentaires de particules.» La diffusion de ce communqiué intervient le jour où un pic de pollution aux particules touches les agglomérations parisienne et lyonnaise...

«La valeur limite est dépassée systématiquement depuis 2000 en Rhône-Alpes»

Les niveaux de PM10 dans l’atmosphère restent élevés depuis 2005. Airparif, organisme de mesure de la pollution atmosphérique en Ile-de-France, souligne ainsi qu’en 2009 «les niveaux de particules ont été soutenus, proches de 2007. Les valeurs réglementaires ont été largement dépassées à proximité du trafic comme tous les ans, mais elles ont aussi été atteintes loin du trafic. On estime que près de trois millions de Franciliens sont potentiellement concernés.» En Rhône-Alpes, l’organisme Atmo relève que «la valeur limite journalière des particules PM10 est dépassée systématiquement depuis 2000.» Idem en Paca, même si Atmo Paca note une «amélioration» entre 2007 et 2009. En tout huit agglomérations dépassent les valeurs limites fixées par l’Union européenne.

L’amélioration de la tendance, c’est le facteur que le ministère de l’Environnement, joint par 20minutes.fr vendredi 28 janvier, veut mettre en avant. «La tendance est à la baisse, mais ce n’est pas un polluant que l’on peut éradiquer comme cela. Nous sommes sur des actions longues» Même discours à l’Ademe, qui demande qu'on laisse «du temps» à la France pour mettre en place des mesures «qui aient un réel impact.»

Les Zapa pour améliorer la situation

Et un argument devrait faire mouche selon l’agence de l’environnement: les Zapa. Les Zones d’actions prioritaires pour l’air permettent aux agglomérations de plus de 300.000 habitants en France de tester des mesures pour réduire, voire interdire, la circulation des véhicules les plus polluants sur une partie de leur territoire. Lyon, Grenoble, Clermont communauté, Pays d’Aix, Plaine Commune (Saint-Denis) et Paris doivent proposer des dispositifs d’ici à la fin de l’année, pour une application en 2012. Bordeaux et Nice se sont également portées candidates ce jeudi. «Les Zapa pourraient permettre une baisse de 2 à 4% des concentrations de particules, et ainsi nous permettre de descendre en dessous des normes» indique l’Ademe.

La voiture est au cœur du sujet. Les particules fines sont directement issues des processus de combustion, notamment des transports, et peuvent pénétrer profondément dans les poumons. C’est pourquoi les concentrations les plus importantes se trouvent généralement à proximité du trafic automobile. L’importante part de véhicules diesel en France (70% du parc automobile) expliquerait selon Ecoforum la sanction que la France risque de recevoir.

Le ministère et l’Ademe assurent eux n’avoir reçu  aucune information en ce sens. «Si la France devait être sanctionné, quinze autres pays devraient l'être aussi alors» assure-t-on au ministère, qui affirme qu’il n’y a pas de «cas particulier français» concernant les particules. Un spécialiste de la pollution atmosphérique, qui préfère garder l'anonymat, estime que ce n'est pas tout à fait vrai: «Effectivement la pollution de l'air n'est pas un problème franco-français. Mais certains pays ont mis en place des plans d'actions, ce qui n'est pas le cas de la France.»

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