Les lampes solaires changent la vie des écoliers au Kenya

TECHNOLOGIE Les enfants les plus pauvres peuvent ainsi étudier plus facilement

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Ecole improvisée dans un camp de réfugiés à Naivasha, Kenya, le 20 juin 2008.

Ecole improvisée dans un camp de réfugiés à Naivasha, Kenya, le 20 juin 2008. — A. NJUGUNA / REUTERS

A 25 ans, Evans Wadongo a déjà changé la vie de dizaines de milliers de Kényans vivant dans les campagnes rurales du pays, avec une idée simple: des lampes solaires individuelles. De son enfance dans l'ouest du Kenya, Evans se souvient des nombreuses difficultés pour faire ses devoirs scolaires, faute d'électricité. Souvent, il est obligé de lire dans l'obscurité, dans les vapeurs malodorantes d'une lampe à pétrole ou les yeux piqués par la fumée du feu de cheminée.

Objectif 100.000 lampes d'ici à 2015

Son père, un enseignant qu'il décrit aujourd'hui comme «très strict» et sa «plus grande source d'inspiration», l'a poussé jusqu'aux bancs de l'université. Là, l'ingénieux Evans Wadongo s'interroge sur la façon d'améliorer les conditions de travail des écoliers dans son village d'origine.

A 19 ans, grâce aux quelques sous mis de côté sur son crédit d'étudiant, il met au point une première lampe solaire expérimentale, faite de quelques morceaux de métal récupérés, d'une puce solaire, et d'une batterie rechargeable. «Je n'aurais jamais imaginé que cela marcherait aussi bien. Je voulais juste donner cette première lampe à ma grand-mère», raconte le jeune homme.

Depuis 2004, près de 15.000 de ces lampes solaires individuelles ont été fabriquées et distribuées par son association SDFA (Développement durable pour tous les Kényans) dans les villages les plus reculés. L'objectif affiché du jeune entrepreneur est de distribuer jusqu'à 100.000 lampes solaires d'ici à 2015, grâce au soutien de bailleurs institutionnels, médias et sponsors individuels.

Avec son équipe du projet «Use Solar Save Lives», il identifie les communautés rurales les plus pauvres, privées d'électricité et se servant occasionnellement --quand ils en ont les moyens-- de lampes à pétrole. Ils remettent les précieuses lampes à une association locale soigneusement sélectionnée, le plus souvent un groupe de femmes, et tentent de convaincre les familles concernées de mettre en commun les économies réalisées sur l'achat de kérosène.

«Ma vie a changé»

Cet argent est ensuite utilisé pour des projets collectifs, tels que des petits élevages avicoles ou piscicoles. Dans le village de Chumbi (50 km à l'est de Nairobi), Wadongo est chaleureusement accueilli. "Ils veulent tous des lampes", sourit Agnès Muthengi, la représentante d'une association féminine locale.

Jennifer David, 47 ans, vit dans une maisonnette de boue séchée, coincée entre de misérables baraques en tôles. Son mari est un travailleur journalier. L'unique source de revenus réguliers du foyer est un élevage de lapins --vendu un euro pièce-- qui suffit difficilement à faire vivre ses cinq enfants.

Accroché à un poteau de bois dans une cour crasseuse, sa lampe se recharge sous un soleil de plomb. «Depuis que j'ai eu cette lampe, ma vie a changé» raconte Jennifer. «Avant j'utilisais une lampe à pétrole qui faisait beaucoup de fumée, me coûtait cher en pétrole», explique celle dont les enfants peuvent désormais étudier le soir à la lueur de la précieuse lanterne.

«J'ai commencé dans le village où j'ai grandi, et j'ai vu des élèves du primaire qui ont pu ainsi aller au collège», se réjouit Evans. Les lampes solaires aident à l'éducation des plus pauvres, réduisent les maladies respiratoires et oculaires liées à l'utilisation du pétrole, et contribuent à la lutte contre la pauvreté dans les campagnes kényanes.

Fort de son succès, le projet devrait être étendu à des pays voisins, l'Ouganda en tête de liste. Et Evans envisage de décentraliser la fabrication de ses lampes solaires, afin de fournir des emplois aux plus démunis. «Si chacun d'entre nous commençait à penser aux autres avant de penser à soi, le monde serait meilleur», commente-t-il simplement.