Oiseaux morts en Arkansas: «Ce n'est pas la peur en elle-même qui a causé leur mort»

INTERVIEW Guy Jarry, ornithologue, est sceptique sur les causes de la mort de plus de 5.000 oiseaux dans l'Arkansas…

Propos recueillis par A.C.

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Nuée d'étourneaux en Grande-Bretagne, novembre 2008.

Nuée d'étourneaux en Grande-Bretagne, novembre 2008. — REX / SIPA

Depuis le 1er janvier, plus de 5.000 oiseaux, des carouges à épaulettes, ont été retrouvés morts par les habitants de Beebe, dans l’état américain de l’Arkansas. Les autorités américaines ont conclu ce lundi à une grosse frayeur due aux feux d’artifice du réveillon: les oiseaux se seraient alors envolés dans la nuit et leur mauvaise vision nocturne les aurait amenés à percuter des maisons ou des arbres. Guy Jarry, ornithologue du Muséum d’histoire naturelle à la retraite, pense que cette thèse est possible mais qu’il ne faut toutefois pas tirer de conclusions hâtives.

Les feux d’artifice ont-ils pu causer la mort des oiseaux?

Si les feux d’artifice ont eu lieu à proximité d’un dortoir de carouges, à moins de 500 mètres ou un kilomètre, avec de grosses détonations qui ont pu les effrayer et les faire fuir, cette thèse est possible. Ce n’est pas la peur en elle-même qui a causé leur mort, ces oiseaux ne sont pas capables de subir un stress mortel. Mais ils ont pu se cogner: on a déjà vu des dizaines de milliers d’oiseaux migrateurs se cogner dans des buildings. C’est crédible si on a retrouvé les oiseaux au pied des murs des parois, moins si les cadavres étaient dispersés. L’autre possibilité c’est que les carouges aient été pris dans un nuage de soufre répandu par les feux d’artifice. On ne le dit pas souvent, mais les feux d’artifice génèrent de l’acide sulfurique et des nuages de pollution anormaux.

A-t-on déjà observé des phénomènes similaires?

Oui, lorsque des dortoirs d’étourneaux ont été aspergés de gaz toxiques il y a une vingtaine d’années en Normandie et en Bretagne. Ces oiseaux étaient taxés d’être des vecteurs de la fièvre aphteuse, et les chasseurs et agriculteurs avaient fait pression pour éliminer les étourneaux.

Est-ce que ces accidents ou ces éliminations volontaires sont des menaces pour la survie des espèces d’oiseaux visées?

Pour le carouge, non, car il s’agit d’une espèce assez répandue et commune. D’autre part, toute la population n’est pas rassemblée au même endroit. Le problème ne se pose que pour les espèces endémiques des îles, dont les effectifs sont faibles. La plus grosse menace pour les oiseaux reste la pression humaine à travers la chasse et l’érosion des habitats.

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