Un bébé panda âgé de deux semaines, au centre de Chengdu en Chine, le 15 septembre 2009.
Un bébé panda âgé de deux semaines, au centre de Chengdu en Chine, le 15 septembre 2009. - DUGGLEBY LUKE/SIPA

Audrey Chauvet

C’est un record porteur d’espoirs pour une des espèces animales les plus menacées au monde: le centre de Chengdu, en Chine, a réussi à faire naître et à élever 168 pandas depuis sa création en 1987. La tâche était pourtant complexe: la reproduction des pandas, déjà difficile dans la nature, est encore plus compromise lorsque les animaux sont en captivité. Faible libido, période d’accouplement très courte et abandon de bébés, le centre de Chengdu a peut-être trouvé des solutions pour assurer la survie de l’espèce, qu’ils partagent maintenant  avec les autres zoos à travers un documentaire réalisé par la chaîne britannique BBC Two.

L’insémination artificielle plus efficace que les vidéos ou le Viagra

Pour faire un bébé panda, il faut bien surveiller le calendrier: les femelles ne sont en chaleur que 72 heures par an et durant cette période, elles ne sont fécondes que pendant 12 à 24 heures. Pour repérer cette période, les zoologistes ont analysé des échantillons d’urine des femelles panda. Grâce au dosage des hormones, ils ont pu déterminer l’heure à laquelle l’accouplement devait avoir lieu.

Mais le plus difficile restait à faire: motiver les mâles pandas, peu enclins à s’accoupler. Pour stimuler leur libido, encore plus faible en captivité, tous les moyens ont été testés: déposer des odeurs de femelles sur des branches de bambou, diffuser des vidéos montrant des pandas en train de s’accoupler ou administrer du Viagra aux animaux. Bien souvent, les efforts des vétérinaires ont été vains, même lorsque les mâles se décidaient à s’accoupler: la petite taille relative de leur pénis les oblige à adopter une position bien précise pour que la femelle soit fécondée, et il semble que peu de pandas connaissent cette position.

Au centre de Chengdu, c’est l’insémination artificielle qui a permis à plusieurs femelles de tomber enceintes. Les grossesses elles-mêmes, qui peuvent durer de onze semaines à onze mois, ne sont pas faciles à identifier: il arrive qu’aucun signe ne permette de les détecter jusqu’à quelques jours avant la naissance.  Les vétérinaires ont donc dû faire très attention aux femelles qui avaient été inséminées, et rester prêts pour un accouchement imprévu.

La technique de «l’échange de jumeaux» pour assurer la survie des bébés

La grande innovation du centre de Chengdu est la technique de «l’échange de jumeaux». Dans plus de la moitié des cas, les pandas donnent naissance à deux oursons, mais en abandonnent un: leur fragile constitution (ils ne stockent pas la graisse et doivent s’alimenter en continu, jusqu’à 10 heures par jour, avec près de 20 kilos de bambous, aliment très pauvre en nutriments) ne leur permet pas de nourrir et élever deux bébés en même temps.

Pour remédier à ce problème, les vétérinaires ont dû ruser: ils ont placé alternativement les bébés dans un incubateur, rendant à la mère l’un puis l’autre des petits sans qu’elle s’en aperçoive. Le taux de survie des bébés pandas a grimpé à 98% grâce à cette technique.

Avec près de 300 pandas en captivité, le centre de Chengdu espère maintenant pouvoir réintroduire quelques animaux dans leur milieu naturel. Pour ne pas relâcher leurs précieux pensionnaires dans un environnement dégradé, le centre a profité des sommes versées par d’autres zoos du monde lors de prêts de pandas pour acheter un petit territoire qui leur sera réservé dans les montagnes du Sichuan, au Sud-ouest de la Chine.