Les illuminations de Noël sur les Champs Elysées à Paris, le 22 novembre 2010.
Les illuminations de Noël sur les Champs Elysées à Paris, le 22 novembre 2010.

Audrey Chauvet

Lundi soir, à 18h, les Champs-Elysées se sont illuminés. Les 415 platanes qui longent l’avenue parisienne brilleront jusqu’au 15 janvier, comme toutes  les décorations de Noël installées partout en France. Mais est-ce réellement un cadeau à faire à l’environnement?  A une époque de l’année où la consommation d’électricité explose, la généralisation des LED (diodes électroluminescentes) pourrait permettre de réduire la consommation des illuminations de Noël, qui peut atteindre 10% de la consommation énergétique annuelle liée à l’éclairage public dans les villes, selon l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

Des LED pour réduire la consommation d’électricité

La plupart des villes françaises se sont engagées dans une démarche de réduction de la consommation d’électricité des illuminations, le plus souvent dans un souci budgétaire. Strasbourg a ainsi supprimé une ampoule sur trois, tandis que Besançon coupe désormais l’éclairage public de certaines rues qui ne sont plus éclairées que par les illuminations de Noël.

Paris expérimente depuis quatre ans les LED, diodes électroluminescentes dont la consommation d’électricité est inférieure de 60% à 75% de celle des ampoules classiques à incandescence. Gilles Muller, coordinateur général de  «Paris illumine Paris», est fier de la démarche «modèle» de la capitale: «Tout en bâtissant des décors lumineux créatifs qui gardent le côté festif de Noël, nous avons intégré la notion de maîtrise de l’énergie et d’environnement durable. Toutes les rues de Paris ont basculé vers les LED, qui permettent une luminescence équivalente pour une réduction de consommation électrique qui peut atteindre 90% dans certains quartiers».

Energie verte ou importée?

Les économies financières sont substantielles: Gilles Muller explique que l’avenue Montaigne, qui dépensait 65.000 euros pour ses illuminations il y a quatre ans, est descendue à un coût de 15.000 euros. Mais les économies d’énergie sont plus difficiles à chiffrer: «EDF s’engage à fournir de l’électricité verte, non issue de combustibles fossiles, mais comment ils font, je ne sais pas», avoue Gilles Muller.  A une période de l’année où le chauffage fait exploser la consommation électrique, la France importe souvent une énergie produite par des centrales à charbon, grosses émettrices de gaz à effet de serre.

Selon les calculs de l’Ademe, la puissance nécessaire aux illuminations de Noël dans toute la France est de 1.300 MW, soit environ la puissance d’une centrale nucléaire française, avec une émission moyenne de 119g de CO2/kWh. Toutefois, les trois quarts de cette consommation ne sont pas dues, selon l’Ademe, aux villes mais aux ménages, qui installent des guirlandes électriques sur leurs maisons.

Découpler éclairage public et illuminations de Noël

Pour réduire les consommations autant que possible, le groupement « Paris illumine Paris », dans lequel sont entrés les cinq grands magasins parisiens célèbres pour leurs vitrines de fêtes, a fait plus que remplacer les ampoules à incandescence par les LED: le réseau des illuminations est séparé de celui de l’éclairage public, permettant ainsi de ne pas éclairer toute la nuit. «En général, les illuminations sont éteintes vers 23h ou minuit», précise Gilles Muller, tandis que les réverbères le sont vers 8h du matin en hiver.

D’autre part, seulement 15 à 20% des guirlandes sont renouvelées d’une année sur l’autre, les concepts lumineux étant conçus pour trois à quatre ans.  Cette année, les calicots et oriflammes placés sur les Champs Elysées seront transformés en sacs à provision, appelés «Fragments of Paris» qui seront revendus, après nettoyage et assemblage par un atelier francilien d'aide par le travail.

Noël, une fête plus commerciale qu’écolo

Les illuminations restent avant tout un enjeu commercial: «La période d’illumination, de début décembre au 15 janvier, correspond à l’attractivité du commerce parisien: elle dure jusqu’au début des soldes d’hiver, pour que Paris soit une destination shopping», commente le coordinateur des associations de commerçants.

Pour l’ensemble de la ville de Paris, les illuminations représentent une dépense de trois millions d’euros, répartie entre les associations de commerçants et la mairie (pour 900.000 euros). La campagne de communication, menée par l’office du tourisme, coûte trois millions de plus.