La forêt tropicale au Costa Rica.
La forêt tropicale au Costa Rica.

Audrey Chauvet

Pour vivre heureux, vivons au Costa Rica. Couronné ce mardi par le World Future Council pour sa politique de préservation de la biodiversité, le petit pays d’Amérique centrale collectionne les récompenses: 3e au classement «Performance environnementale» (Environmental Performance Index), premier au «Happy planet index» et maintenant distingué à Nagoya à l’occasion du sommet international sur la biodiversité. Le Costa Rica, dont les habitants seraient les plus heureux au monde et qui regroupe 5% de la biodiversité de la planète sur seulement 0,03% des terres mondiales, aurait-il des leçons de développement durable à donner aux autres pays?

Une loi pour la biodiversité

Dans le domaine de la biodiversité, c’est sa loi de 1998 qui a valu au Costa Rica la récompense du World Future Council. Une taxe sur les carburants et l’énergie et une vignette automobile permettent de financer des programmes de gestion environnementale. Les propriétaires de terres sont aidés financièrement pour préserver les forêts et planter de nouveaux arbres. Couvert à 24% par des forêts en 1985, le Costa Rica atteint maintenant 46% de surface boisée.

La loi a également instauré une commission nationale sur la biodiversité, qui rassemble scientifiques, représentants des citoyens et des communautés indigènes afin de proposer des mesures de conservation des espèces animales et végétales au gouvernement. «Nous déclarons la paix avec la nature», a déclaré Mario Fernandez Silva, ambassadeur du Costa Rica au Japon, faisant référence à la suppression de l’armée nationale en 1949, qui lui a valu le titre de premier pays constitutionnellement sans armée au monde.

Pas de «biopiraterie» au Costa Rica

Mais le Costa Rica a aussi négocié ses relations avec l’extérieur: le pays reçoit annuellement 56 millions de dollars de la part des Etats-Unis pour mettre en place des programmes de conservation des forêts et des côtes. L’éco-tourisme a été développé plutôt que le tourisme de masse et la vente aux industries pharmaceutiques des gènes et principes actifs issus des plantes locales a été strictement encadrée.

«Notre loi sur la biodiversité nous a posé des problèmes au regard des accords de libre échange que nous avons signé . Beaucoup d’industries pharmaceutiques ont voulu accéder à nos ressources naturelles, mais nous sommes restés ancrés à nos positions», déclare l’ambassadeur. Alors que la «biopiraterie» est un des enjeux du sommet de Nagoya, le Costa Rica pourrait donner un exemple probant de réussite de partage des bénéfices tirés des ressources naturelles.

Les ananas et la drogue assombrissent le tableau

Pas d’armée mais des fonds supplémentaires pour l’éducation, une nature protégée, des gisements de pétrole sagement laissés sous terre, une femme à la tête de l’Etat... Malheureusement, tout n’est pas parfait au pays des «Ticos» (les habitants du Costa Rica): la drogue et la criminalité sont apparues dans le pays avec la chute du PIB de 1,3% en 2009, et certaines industries minent le bilan environnemental du Costa Rica.

Le quotidien britannique The Guardian révélait ainsi, en septembre dernier, des pollutions massives et des conditions de travail désastreuses dans les champs d’ananas. Les travailleurs costa-ricains des plantations auraient sûrement des nuances à apporter aux récompenses internationales décernées à leur pays.