Le scientifique Théodore Monod, en 1994.
Le scientifique Théodore Monod, en 1994. - ANDERSEN/SIPA

Audrey Chauvet

Il fut sans doute le premier écolo. Théodore Monod, naturaliste, explorateur, connu pour ses nombreuses expéditions dans le désert, a disparu en 2000 après 80 années de recherches sur la vie sous toutes ses formes. Le Muséum national d’histoire naturelle, où il était professeur, lui rend hommage à partir du 27 octobre, par une exposition intitulée «Théodore Monod et la biodiversité». Des fonds sous-marins aux déserts africains, en passant par les canards de l’île Saint-Louis, Théodore Monod a apporté de précieuses connaissances sur la biodiversité.

Un des premiers à alerter sur l’extinction des espèces

«Théodore Monod a toujours été très attaché à la protection de la biodiversité et de la vie. Il fut l’un des premiers à œuvrer pour la création de parcs nationaux et de réserves, dès les années 1930», se remémore Jean-Claude Hureau, ichtyologue (spécialiste des poissons) qui a travaillé avec Monod de 1969 à 1999. Très attaché à l’Afrique, où il trouva refuge pendant la Seconde guerre mondiale et où il effectua la plus grande partie de ses recherches, Monod a été l’initiateur du parc national du banc d’Arguin, en Mauritanie, qui abrite une «faune extraordinaire»: phoques, oiseaux,...

Trente-cinq espèces végétales et 130 espèces animales sont dédiées à Théodore Monod, dont une petite gentiane qu’il avait découverte au milieu des fougères d’une oasis en 1937. Signe de la raréfaction des espèces, Théodore Monod n’a jamais retrouvé cette plante lors de ses expéditions suivantes: «Tous les scientifiques observent la disparition des espèces, témoigne Jean-Claude Hureau. Théodore Monod a très souvent tiré la sonnette d’alarme, notamment dans ses publications grand public».

Un humaniste engagé pour la vie sous toutes ses formes

Mais Théodore Monod a été plus qu’un naturaliste surdoué et un écologiste convaincu: sa vie illustre tous les événements du 20e siècle et ses engagements humanistes témoignent d’une volonté de défendre la vie sous toutes ses formes. «C’était l’axe de son travail et de sa philosophie», assure Jean-Claude Hureau à 20minutes.fr.

Combat contre le nazisme, critique de la politique française et occidentale envers l’Afrique, opposition à la guerre d’Algérie, commémoration de l’esclavage, lutte contre la peine de mort, avertissements répétés sur les déchets nucléaires,... Théodore Monod a pris toute sa vie des positions politiques inspirées par son grand respect pour la vie, humaine, animale ou végétale. Et resta marqué à vie par la destruction absolue, la mort totale et instantanée: «Chaque année, il commémorait Hiroshima et Nagasaki», se rappelle son collègue.

Exposition «Théodore Monod et la biodiversité», du 27 octobre 2010 au 17 janvier 2011, Cabinet d’histoire du Jardin des plantes, 57 rue Cuvier, Paris Ve.