«Les hommes sont goulus»

PLANETE Alain Souchon confie ses inquiétudes pour l'environnement...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Alain Souchon en concert, en juillet 2010.

Alain Souchon en concert, en juillet 2010. — JOFFET EMMANUEL/SIPA

Alain Souchon est amoureux de la nature et il le prouve en donnant un peu de son temps à son ami Yann Arthus-Bertrand et sa campagne «10:10», qui vise à réduire de 10% les émissions de gaz à effet de serre à partir de 2010. 20minutes.fr a recueilli les impressions du chanteur sur la campagne «10:10», l’environnement et l’attitude des hommes vis-à-vis de la nature.

L’environnement, le climat, vous vous sentez concerné par ces sujets?

Oui, je me sens concerné comme beaucoup de gens ici, dans nos pays confortables. C’est une avancée, un progrès de se rendre compte que la Terre est un don du ciel et qu’il faut y faire attention. Le discours écologique m’a toujours ému et touché car il y a quelque chose de sacré, qui nous dépasse dans le cœur d’un faisan qui bat en Sologne ou dans une rivière qui coule. C’est quelque chose de pur et de beau, l’abîmer, ça me paraît insolent de notre part. C’est dingue cette permission qu’on prend sur la nature. Le mouvement écolo il est dans ce sens là: c’est faire attention, pas retourner à la chandelle. C’est une des choses les plus importantes qui aient été dites dans les discours politiques qu’on entend depuis 40 ans. La politique en général, je trouve ça rigolo car c’est un spectacle de gens brillants qui s’engueulent, mais ça ne change pas grand-chose dans la réalité.

Vous croyez plutôt à l’efficacité des petits gestes de chacun?

Oui, plus qu’à un mouvement politique écolo qui prendrait le pouvoir. Je trouve que le personnel politique n’est pas à la hauteur. L’écologie, ce n’est pas un parti, c’est un truc de chaque homme. L’action de chacun, ça j’y crois. Ce mouvement «10:10» est bien car il concerne chaque homme: on peut faire du tri sélectif, prendre le vélo au lieu de la voiture, acheter du vin dans les vignes qui ne sont pas traitées aux désherbants... Mais c’est une coquetterie de pays riche, car on ne peut pas demander aux Indiens de ne pas acheter de voiture.

Quels sont vos petits (ou grands) gestes écolos?

Quand je sors du métro, je mets mon ticket dans une poubelle. Et donc, je prends le métro, ça me rappelle ma jeunesse. Sinon, j’aime bien faire du vélo, marcher dans la montagne, je suis un amoureux de la nature.

Au contraire, est-ce qu’il y a des choses pour lesquelles vous vous dites «je ne devrais pas le faire» mais que vous n’arrivez pas à éviter?

J’ai une Mercedes qui consomme beaucoup. Mais à Paris je ne m’en sers pas, je prends le métro, le taxi, le bus.

Il y a des choses qui vous révoltent?

L’agriculture. Nous les gens des villes, on va respirer à la campagne, par exemple j’adore la Beauce car c’est un désert, le ciel est immense. Mais à certains moments de l’année, on respire des cochonneries à cause des produits dans les champs qui donnent le cancer, on respire la mort. Comme les pauvres petites abeilles. Ca me navre.

Vous êtes plutôt pessimiste ou optimiste sur la capacité des hommes à sauver leur planète?

Je suis pessimiste car le caractère des hommes ne change pas, les hommes sont goulus. Mais des actions avec des gens comme Yann Arthus-Bertrand, ça peut toucher pas mal de monde même si ça ne va pas empêcher le réchauffement. Les siècles passés nous ont poussé là, on ne peut pas revenir en arrière.