Denis Baupin: «Les petits gestes sont efficaces, à condition que les politiques les facilitent»

PLANETE L' adjoint au maire de Paris en charge de l'environnement, réagit à la signature de la charte «10:10»...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Denis Baupin, adjoint (Verts) au maire de Paris, en septembre 2010.

Denis Baupin, adjoint (Verts) au maire de Paris, en septembre 2010. — AFP PHOTO THOMAS SAMSON

En signant la charte portée par la fondation de Yann Arthus-Bertrand, Bertrand Delanoë a engagé jeudi la ville de Paris dans une campagne mondiale visant à inciter citoyens, entreprises et collectivités à réduire de 10% leurs émissions de CO2 à partir de 2010.

L’objectif, ramené à une réduction de 3% par an des émissions de gaz à effet de serre, entre dans les échéances du plan climat initié par la ville. Denis Baupin, adjoint au maire de Paris en charge du développement durable, explique à 20minutes.fr comment la capitale devrait diminuer de 30% sur 10 ans ses émissions de CO2.

Comment la ville de Paris compte-t-elle atteindre ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre?

Avant tout, il me paraît important de dire que quand cinq tonnes de gaz à effet de serre sont émises sur le territoire de Paris, il y a peu près une tonne sur laquelle nous pouvons agir à travers des compétences municipales et quatre tonnes qui nous échappent. Des opérations comme «10:10» sont donc essentielles pour faire prendre conscience à tous les acteurs économiques et à l’ensemble de nos concitoyens qu’ils ont aussi leur part de responsabilité. Sans ces opérations, sans le fait que chacun se sente acteur, on ne toucherait qu’un cinquième du problème.

Ce qui est demandé aux collectivités locales, c’est de réduire de 3% par an leurs émissions de gaz à effet de serre. C’est à peu prés l’équivalent de l’échéance que nous nous sommes donnée pour notre plan climat, qui est réduire de 30% nos émissions sur 10 ans, jusqu’en 2020.

Que prévoit le plan climat de la ville de Paris?

Par exemple, le plan écoles, qui prévoit de réhabiliter thermiquement les 600 écoles de Paris, vise une réduction de 30% de la consommation énergétique de ces écoles sur 10 ans. De la même façon, le programme qu’on a lancé sur l’éclairage public, c’est-à-dire tous les lampadaires, les feux rouges, toutes les signalisations dans Paris, prévoit une réduction de 30% de la consommation énergétique sur 10 ans. Nous nous engageons sur la réhabilitation thermique de nos 20 mairies d’arrondissement et sur l’année qui vient on va réduire de près de 10% la consommation énergétique par les travaux qu’on va y faire. On est en train de travailler sur l’ensemble des systèmes de chauffage, des chaudières, de l’ensemble des bâtiments publics de la ville de Paris. Ce qu’on a fait en 2008 nous a permis d’économiser l’équivalent de la consommation énergétique de quatorze crèches. Quand on a fait le tramway des Maréchaux, on a refait tout l’éclairage public et on a économisé l’équivalent de la consommation énergétique d’une ville de 10.000 habitants. On est en train aussi de développer le bio dans les cantines, c’est bon pour l’alimentation mais ça permet aussi de réduire les pesticides qui sont extrêmement émetteurs de gaz à effet de serre. Il y a aussi les 4500 logements sociaux qu’on réhabilite chaque année pour baisser leur consommation énergétique.

«10:10» sert à rendre visibles ces actions de la mairie?

Ca nous aide à rendre visibles les actions de la mairie, mais j’insiste: les actions municipales ne suffisent pas. Si nous faisons un tramway, des couloirs de bus, etc, mais que les gens achètent des 4x4, à l’arrivée on n’y arrivera pas. Il faut à la fois qu’on fasse notre part de boulot en tant que politiques et qu’en même temps les différents acteurs fassent les choix qui sont les moins consommateurs d’énergie. Il est donc important que régulièrement il y ait des initiatives comme 10 :10 qui viennent dire autre chose que «l’environnement ça commence à bien faire». C’est insupportable ce genre de phrase. Les problèmes environnementaux sont des problèmes majeurs, qui sont des problèmes de qualité de l’environnement, de qualité de vie, mais aussi des problèmes économiques d’aujourd’hui et de demain si on ne les résout pas. C’est important, y compris pour faire fonctionner l’économie française, que l’on comprenne qu’on doit modifier notre rapport à la consommation énergétique.

La campagne 10:10 est basée sur les petits gestes de chacun. Vous croyez à leur efficacité?

Je crois à l’efficacité des petits gestes, à condition que nous, les politiques, nous fassions aussi notre part du boulot et surtout qu’on les rende faciles. Aujourd’hui, un des principaux problèmes de nos concitoyens, c’est qu’ils peuvent se trouver dans une contradiction: en tant que citoyens, ils ont envie d’être écolos, personne n’a envie d’être pollueur, mais en tant que consommateurs ce qui va leur coûter le moins cher, c’est le comportement polluant. Nous devons leur faciliter la vie. Quand on met en place Vélib’, on facilite le fait d’être un éco-citoyen. Quand on met du bio dans les cantines, on facilite le fait que les enfants soient des éco-citoyens. Quand on a permis à des précaires énergétiques à Paris d’échanger leurs ampoules à incandescence contre des ampoules basse consommation, on rend possible le fait d’être un éco-citoyen même quand on n’a pas les moyens d’acheter des ampoules. Notre rôle en tant que politique, c’est de réconcilier le consommateur et le citoyen. Si on ne fait que culpabiliser les gens en leur disant qu’à eux tous seuls ils vont trouver des solutions, on n’y arrivera pas. Il faut que ceux qui peuvent fassent les gestes mais que nous aidions encore plus ceux qui ont la difficulté à faire ces gestes, sinon on est simplement donneur de leçons et je ne pense pas que ce soit l’idée de Yann Arthus-Bertrand. C’est pour ça que c’est très bien de lier les collectivités, les entreprises et chacun de nos concitoyens dans la même opération pour que tout le monde soit acteur.

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