L'aide au développement, une stratégie gagnante pour les Etats-Unis

PLANETE C'est aussi un business...

Audrey Chauvet avec AFP

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Une femme porte un sac de riz donné par l'Usaid, en Haiti, le 16 janvier 2010.

Une femme porte un sac de riz donné par l'Usaid, en Haiti, le 16 janvier 2010. — Lynne Sladky/AP/SIPA

Aider les pays en développement, d’accord, mais sans oublier de s’aider soi-même. Lorsque les Etats-Unis apportent leur aide financière ou matérielle aux pays pauvres, c’est dans le cadre d’une stratégie qui doit avoir des retombées positives pour eux. Barack Obama ne s’en cache pas: «Enterrons le vieux mythe selon lequel l'aide au développement ne serait qu'une opération de charité qui ne sert pas nos intérêts», a lancé le Président américain mercredi, à l’occasion de la présentation de la nouvelle stratégie des Etats-Unis pour l’aide au développement, dans le cadre du sommet des Nations unies sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

Sécurité intérieure et contrôle des économies émergentes

La première «Directive sur la politique présidentielle pour le développement mondial», signée mercredi par Barack Obama, met l'aide aux pays pauvres au coeur de la politique extérieure et de sécurité des Etats-Unis. La sécurité nationale doit être assurée en «renforçant les partenaires régionaux dont nous avons besoin pour aider à arrêter des conflits et à contrer les réseaux criminels internationaux». Et également assurer la défense des intérêts américains «dans un monde façonné par la montée des puissances émergentes et la faiblesse persistante d'Etats fragiles».

Puissances émergentes que les Etats-Unis souhaitent tenir sous étroite surveillance: la nouvelle stratégie se propose de «promouvoir la prochaine génération d'économies émergentes» en se concentrant sur la croissance économique et la démocratisation de la vie politique.

Des OGM et des produits financiers pour aider les pays en développement

Les Etats-Unis n’oublient donc pas le business. Washington projette d'accroître ses investissements dans les innovations les plus profitables au développement, comme les vaccins pour les maladies négligées, des variétés de semences résistantes aux intempéries et les énergies vertes. Des aides parfois empoisonnées pour les pays qui les reçoivent, comme en Haïti où les paysans ont vivement manifesté contre l’envoi par les Etats-Unis de semences OGM fabriquées par l’entreprise Monsanto, à la suite du séisme qui a ravagé l’île.

Le business s’invite aussi dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les Etats-Unis, qui déclarent «prendre en compte le changement climatique dans leur stratégie d'aide étrangère», investissent par exemple dans des actions de lutte contre le déboisement ou dans les énergies propres. Sans oublier l’aspect financier: un programme de l’Usaid (l’agence américaine pour le développement) consiste ainsi à échanger une partie de la dette des pays du Sud contre des programmes de préservation de l’environnement, mais sous forme de produits financiers dérivés.

Diplomatie et économie plutôt que philanthropie

Mercredi, à New York, Barack Obama a souligné les progrès réalisés pour certains des OMD dans les domaines de l'éducation, la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. «Pourtant nous devons faire face au fait que les progrès vers d'autres objectifs ne vont pas assez vite. Pas assez vite pour les centaines de milliers de femmes qui perdent leur vie chaque année au moment de l'accouchement. Pour les millions d'enfants qui meurent de malnutrition. Pour presque un milliard de personnes qui endurent la misère de la faim chronique», a-t-il ajouté.

Mais ce ne sera pas la philanthropie qui mènera les Etats-Unis: voulant être «leader mondial du développement international» mais en partageant la responsabilité des résultats avec «tous les bénéficiaires de l’aide américaine», les Etats-Unis ont bien compris qu’ils avaient une carte diplomatique et économique à jouer dans l’aide au développement.