Eliminer la pauvreté tout en préservant l’environnement: un défi qui figure au menu des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui réunissent les chefs d’Etat au siège des Nations unies à New York, du 20 au 22 septembre. Face à l’urgence et au travail nécessaire pour atteindre les sept autres objectifs (réduire l’extrême pauvreté et la faim, améliorer la santé maternelle, etc), l’environnement fait souvent figure de parent pauvre des OMD. Pourtant, sa place parmi les huit objectifs à atteindre d’ici à 2015 n’est pas accessoire.

5.000 enfants meurent chaque jour à cause de l’eau insalubre

«Il n’est pas possible de lutter contre la pauvreté et de ne pas s’intéresser à la planète sur laquelle on vit», estime Nathalie Péré-Marzano, déléguée générale du Crid (Centre de recherche et d’informations pour le développement), interrogée par 20minutes.fr. Objectif global décliné en plusieurs cibles (lutte contre la déforestation et le changement climatique, préservation de la biodiversité, amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement), la préservation de l’environnement est indissociable du développement humain et économique: «Cet objectif est transversal et ce sont des enjeux de santé et d’alimentation qui en dépendent. Des questions d’accès à l’eau et à l’assainissement dépendent la santé et l’hygiène, une grande partie de la mortalité infantile et maternelle y est liée. On estime que 5.000 enfants meurent de diarrhée chaque jour dans le monde, à cause d’une eau insalubre. Quant à la lutte contre le changement climatique, elle implique pour beaucoup de populations la possibilité de continuer à vivre ou non sur leurs terres», explique Nathalie Péré-Marzano.

Préserver la biodiversité a aussi des conséquences directes sur le développement des populations: «C’est par elle que des millions de personnes se nourrissent. Si elle disparaît, par quoi va-t-on la remplacer?», s’interroge la déléguée générale du Crid, qui a coordonné en France la coalition «Action Mondiale Contre la Pauvreté».

«Le modèle de possession et de surconsommation doit être repensé»

Nathalie Péré-Marzano garde l’espoir que l’environnement prenne toute sa place dans les discussions qui auront lieu à New York: «L’environnement n’est pas un sujet qui vient sur la table quand on parle des OMD. Malgré cela, il faut continuer à lancer des réflexions et j’espère que les interventions lors du sommet de New York y feront référence».

Selon elle, l’enjeu des prochaines années sera la reconversion de l’économie: «Il faut réfléchir à ce qu’est la croissance verte et aux modalités de développement. Le modèle dominant de possession et de surconsommation doit être repensé. Il ne s’agit pas de priver les pays en développement des bénéfices de la croissance économique, mais de changer de modèle de référence pour éviter le gaspillage des ressources naturelles». 

Arrivés aux deux tiers du parcours, les OMD sont encore loin d’être atteints. Pour l’objectif environnemental, le plus satisfaisant est l’accès à l’eau potable: 1,7 milliard de personnes en ont bénéficié depuis 1990. Toutefois, les disparités restent fortes selon les régions: en Afrique sub-saharienne, seulement 55% de la population utilise une eau saine.