A-t-on besoin de vignes OGM?

PLANETE Le gouvernement soutient l'Inra dans ses recherches sur les vignes transgéniques...

Audrey Chauvet

— 

Des plans de vigne génétiquements modifiés sur un terrain de l'Inra près de Colmar, en 2005.

Des plans de vigne génétiquements modifiés sur un terrain de l'Inra près de Colmar, en 2005. — AFP PHOTO FREDERICK FLORIN

«Découragées» par le fauchage des vignes OGM le 15 août, les équipes de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) avaient bien besoin du soutien du ministre de l’Agriculture. Bruno Le Maire, en visite à Colmar ce mardi, a ainsi confirmé le soutien du gouvernement aux expérimentations de l’institut, et promis de mettre à sa disposition «les moyens financiers nécessaires pour relancer les recherches».

La ministre de la Recherche, Valérie Pécresse, a profité de la visite à Colmar pour souligner que l’«on a besoin de la recherche en France, y compris sur la question des organismes génétiquement modifiés».

Des OGM pour lutter contre le court-noué

Les expérimentations menées par l’Inra de Colmar ont pour but de lutter contre la maladie du court-noué, touchant les pieds de vigne. Ce virus, véhiculé par un ver (le nématode), touche environ 60% du vignoble national, et cause des pertes considérables pour les viticulteurs: jusqu’à 80% de grains en moins et un manque à gagner de 350 à 850 millions d’euros par an en France, selon l’Inra.

L’institut explore actuellement différentes voies pour lutter contre le court-noué: la jachère nématicide, méthode biologique consistant à planter des espèces qui tuent naturellement les vers responsables de la propagation du virus, la sélection variétale de plants résistants au ver ou directement au virus, et enfin l’essai de greffes transgéniques résistants.

La recherche française et l’indépendance des viticulteurs en jeu

Pour Valérie Pécresse, la recherche sur les OGM est nécessaire: «Nous vivons dans un monde global. Si la France n’a pas des chercheurs capables de mesurer le potentiel et le danger des OGM, nous serons affaiblis. Nous importerons, nous consommerons des produits qui nous seront imposés par d’autres et dont nous ne connaîtrons pas les effets ni sur l’environnement ni sur la santé», a-t-elle plaidé.

Mais quant à l’utilité des OGM dans la lutte contre le court-noué, certains viticulteurs sont sceptiques. Le syndicat d’agriculture bio-dynamique, dans un communiqué daté du 23 août, dénonce ainsi une vision «très réductionniste de la plante et du vivant» et affirme que «les OGM ne sont pas un passage obligé pour la recherche: d’autres voies existent (...) qui ont par ailleurs le grand avantage de ne pas livrer les agriculteurs pieds et poings liés à des fournisseurs (notamment des firmes agroalimentaires comme Monsanto) qui les rendront dépendants et les engageront dans des impasses économiques».

La transparence des expérimentations fait débat

Selon l’Inra, l’essai de Colmar était «unique et prudent»: l’institut assure que les plants étaient confinés, ne présentant donc aucun risque de dissémination, et que l’expérience avait été lancée après une concertation entre citoyens, associations de défense de l’environnement et de consommateurs, élus et vignerons.

Toutefois, l’Opaba (Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace), même si elle reconnaît que l’essai mené par l’Inra de Colmar a été réalisé sans financements privés et a fait l’objet de concertations limitant «les risques de dérive», souligne que le comité de suivi est constitué de citoyens «choisis par l’Inra». Le syndicat d’agriculture bio-dynamique va jusqu’à affirmer qu’il «n’est pas cohérent de parler de transparence compte tenu du fait que le comité de suivi (...) ne compte aucun scientifique indépendant ou critique en son sein».

Quant à la gravité de la maladie du court-noué, elle est elle-même remise en question par les faucheurs qui ont sévi le 15 août: selon Jean-Pierre Frick, viticulteur bio alsacien qui a participé au fauchage, «cet essai est surtout destiné à faire accepter les OGM en France». 

Mots-clés :

Aucun mot-clé.