Les îles Lavezzi, au large de la Corse, sont une des réserves naturelles de Méditerranée.
Les îles Lavezzi, au large de la Corse, sont une des réserves naturelles de Méditerranée. - BELZIT JEAN-PIERRE/SIPA

Audrey Chauvet avec AFP

Sardines, oursins, corail,... La faune et la flore de Méditerranée, parmi les plus riches au monde, sont aussi les plus menacées, indique une étude publiée lundi. La dégradation des habitats, la surpêche et l’augmentation des espèces invasives favorisée par le réchauffement climatique sont responsables de la fragilisation des écosystèmes méditerranéens.

Les mammifères marins, comme les cachalots et les dauphins, ont déjà payé un lourd tribut, et certaines espèces emblématiques, comme le phoque moine de Méditerranée, ont quasiment disparu.

Surpêche et développement des côtes en cause

Les quelque 17.000 espèces recensées à ce jour en Méditerranée ont du souci à se faire, selon le rapport publié dans la revue scientifique Plos One. «Les impacts des activités humaines sont proportionnellement plus importants dans la Méditerranée que dans les autres mers du monde», à cause de sa géographie, quasiment fermée, et de son histoire, utilisée depuis des millénaires par les populations côtières.

Parmi les menaces actuelles, «la dégradation et la perte de l’habitat est la plus répandue», écrivent les experts, citant comme causes «le développement des côtes» du bassin méditerranéen ou encore la pollution. La surpêche est la seconde menace pour la biodiversité et devrait croître encore dans les dix prochaines années, indique le rapport.

De nouvelles espèces perturbent les écosystèmes

Mais la particularité de la Méditerranée est la présence importante d’espèces invasives, «un facteur crucial qui va continuer à modifier la biodiversité». Venues d’autres mers, via le détroit de Gibraltar ou le canal de Suez, elles sont estimées à plus de 600, soit 4% du total des espèces recensées.

Certaines d’entre elles, notamment les méduses sont problématiques: «La dispersion de la Mnemiopsis Leidyi (méduse américaine) en 2009 a provoqué de grandes inquiétudes en raison de son impact connu sur les écosystèmes et les zones de pêche», explique le rapport. D’autres, comme l’huître ou la palourde japonaises, ont été volontairement introduites avec le développement de l’aquaculture et ont entraîné avec elle de nouvelles espèces non adaptées à la vie en Méditerranée: «Les fermes à huîtres sont devenues de véritables portes d’entrée dans les eaux côtières pour toute une série d’algues», soulignent les experts.

Le changement climatique aggrave la situation

Le réchauffement climatique risque encore d’accentuer le phénomène. Une mer plus chaude va attirer de nouvelles espèces tropicales qui «pourraient entraîner la perte du caractère particulier des communautés méditerranéennes». Une «tropicalisation» qui apportera toutefois une nouvelle richesse dans certaines zones, selon les experts.

Pour les chercheurs, il est «nécessaire de développer une vaste analyse des initiatives à prendre en matière de conservation pour préserver la biodiversité méditerranéenne», ajoutant que cette mer peut devenir, à ce sujet, «un modèle pour les océans du monde».