Des vaches laitières Holstein, dans le sud-ouest de la France.
Des vaches laitières Holstein, dans le sud-ouest de la France.

Audrey Chauvet

Le pays de la brebis Dolly, premier mammifère cloné à partir d’une cellule, expérimente le lait de vache clonée. Mais à son insu: la commercialisation de ce lait n’est pas autorisée par l’Union Européenne. C’est le quotidien international Herald Tribune qui a révélé l’existence de lait frauduleux dans les rayons anglais: le journal a recueilli le témoignage d’un fermier, resté anonyme, qui a déclaré produire et vendre ce breuvage.

Une enquête européenne en cours

Le lait cloné risque de ne pas plaire aux consommateurs, méfiants vis-à-vis de cette technique, et encore au moins aux législateurs européens. L’EFSA (l’Autorité européenne pour la sécurité alimentaire) a rappelé que la viande et les produits issus d’animaux clonés sont considérés comme des aliments nouveaux nécessitant une autorisation avant leur mise sur le marché. N’ayant reçu aucune demande d’autorisation de la Grande-Bretagne pour le lait cloné, l’EFSA a annoncé qu’elle allait enquêter sur son existence dans les magasins anglais.

Le lait incriminé a pu être produit grâce à une filière de clonage entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne: des embryons, issus de cellules clonées de vaches Holstein, sont surgelés aux Etats-Unis puis expédiés au Royaume-Uni pour être implantés dans des vaches anglaises. Les vaches qui naissent ainsi sont beaucoup plus grosses et plus productives que leurs congénères naturelles. Pour les éleveurs, la rentabilité est donc bien meilleure.

Les consommateurs n’en veulent pas

Les experts européens de l’EFSA n’ont pour l’instant pas identifié de risque pour la santé humaine en cas de consommation d’un produit issu du clonage. Toutefois, certains militants anti-clonage affirment que cela pourrait favoriser la diffusion de maladies animales à l’homme. Ils dénoncent également les conditions d’élevage des vaches: des chercheurs ont observé de nombreuses naissances prématurées, des malformations et des décès précoces d’animaux clonés.

Les Britanniques sont majoritairement opposés à la consommation de produits issus du clonage: selon une étude récente, pour des raisons éthiques ou par crainte pour leur santé, les Anglais se disent réticents à la viande ou au lait cloné. Ils pourraient y avoir déjà goûté, mais sans le savoir.