Londres boira de l'eau dessalée

PLANETE Une usine de dessalement d'eau va alimenter la capitale anglaise...

Audrey Chauvet

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Une usine de dessalement d'eau de mer à Hadera, en Israël, le 16 mai 2010.

Une usine de dessalement d'eau de mer à Hadera, en Israël, le 16 mai 2010. — Ariel Schalit/AP/SIPA

En Arabie saoudite ou en Israël, cela n’étonne personne. Mais en Grande-Bretagne, la crainte d’une pénurie d’eau potable laisse perplexe. C’est pourtant pour pallier aux risques de sécheresse qu’une usine de dessalement d’eau de la Tamise va ouvrir à Beckton, à l’est de Londres. Dans cette région, où les précipitations annuelles sont plus faibles que celles d’Istanbul, l’usine de dessalement pourrait alimenter en eau potable près d’un million de personnes.

La plus grande usine en Israël

L’Angleterre emboîte donc le pas aux nombreux pays arides qui ont recours au dessalement de l’eau de mer. Les pays du Moyen-Orient et d’Asie concentrent 60% des installations, selon un rapport de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). C’est en Israël, à Ashkelon, que la plus grande usine de dessalement du monde est en activité depuis 2005, produisant quotidiennement 320.000m3 d’eau potable, soit de quoi alimenter la moitié de Paris. L’Australie et la Chine regardent également vers la mer pour alimenter les villes en eau douce, qui se fait de plus en plus rare.

Une osmose qui demande beaucoup d’énergie

La désalinisation peut se faire selon plusieurs procédés. Le plus couramment employé est l’osmose inverse, dont le principe est de faire passer l’eau de mer sous pression à travers un filtre très fin, qui retient le sel. Cette technique n’est pas sans inconvénient: d’une part, elle «gâche» entre 20 et 30% de l’eau de mer captée (le «concentrât», où le sel n’ayant pas traversé le filtre reste concentré), et d’autre part il faut produire une grande quantité d’électricité pour fournir l’énergie nécessaire à la pressurisation de l’eau. Et qui dit production d’électricité dit combustion de ressources fossiles dans la plupart des pays du monde (gaz naturel, pétrole, charbon,...) et donc émissions de CO2. Pas mieux du côté du nucléaire, pour lequel les problèmes de déchets et d’extraction d’uranium restent entiers. Pas très écolo, donc, de dessaler l’eau de mer.

Les ONG sceptiques

Le dessalement n’a pas les faveurs des associations pour l’environnement. Ainsi, en juin 2007, le WWF publiait un rapport intitulé «Dessalement: option ou distraction pour un monde assoiffé?», dans lequel l’ONG dénonçait les conséquences environnementales, économiques et sociales de ce procédé. Au-delà de l’énergie nécessaire pour faire fonctionner les installations et des impacts sur l’environnement des rejets de saumures concentrées (en sel et micro-organismes), le WWF insistait surtout sur le nécessaire changement de mentalités éludé par cette solution qui ne devrait être utilisée que comme dernier recours. Selon l’ONG, il faut avant tout réduire la consommation d’eau et repenser l’utilisation d’eau potable (par exemple pour l’irrigation agricole) avant de chercher des moyens de toujours consommer plus.

Fausse bonne idée?

Alors que les entreprises françaises, Véolia en Israël ou Suez Environnement aux Emirats Arabes Unis, surfent sur la raréfaction de l’eau douce, des doutes persistent sur la viabilité de cette technique pour la planète. Toujours plus d’eau et toujours plus d’électricité, une solution qui n’avait pas convaincu Ken Livingstone, ancien maire de Londres, pendant les négociations sur l’ouverture de l’usine anglaise et qui continue à susciter la polémique en Grande-Bretagne: «Personne ne veut que Londres manque d'eau, mais une usine de dessalement consomme trop d'énergie et nous n'aurions pas dû suivre cette solution. Nous devrions plutôt réduire les montants d'eau que nous gaspillons, au lieu de chercher à en produire plus», a plaidé Darren Johnson, un des élus verts de l'assemblée locale de Londres, sur la radio BBC4.

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