«Le saumon d'élevage est meilleur que le saumon sauvage»

SANTE Le toxicologue Jean-François Narbonne répond aux questions de 20minutes.fr...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Le rayon poisson d'un supermarché, en région parisienne. 

Le rayon poisson d'un supermarché, en région parisienne.  — DURAND FLORENCE/SIPA

Le reportage qui sera diffusé ce soir sur France3 dans l’émission Pièces à conviction lance l’alerte sur les dangers de l’alimentation: saumons d’élevage intoxiqués aux pesticides, mais aussi PCB dans les poissons français ou engrais interdits dans les fruits et légumes en provenance d’Espagne.

Jean-François Narbonne, professeur de toxicologie à l’Université de Bordeaux et expert à l’AFSSA (Agence Française de sécurité sanitaire des aliments) a répondu aux questions de 20minutes.fr.

Pesticides, PCB,... prend-on réellement un danger quand on mange?

Ces substances sont des dangers car elles sont toxiques pour l’homme. Officiellement, les produits présents sur le marché entrent dans le cadre de la garantie d’innocuité et respectent les valeurs limites de pesticides, ils ne font pas courir de risque aux consommateurs. Les distributeurs sont responsables de ce qu’ils mettent sur le marché. Ça, c’est la loi. Sur les 1.300 molécules dont l’autorisation a été demandée par les industriels, seulement 300 ont été homologuées. Ce qui pose le problème de l’utilisation illégale ou détournée des produits non autorisés. La situation en France est quand même globalement meilleure en France qu’aux Etats-Unis ou au Canada, où les hormones par exemple sont autorisées dans l’agriculture. Après, c’est à chaque consommateur de faire son choix et de diminuer son risque personnel d’exposition aux pesticides. En consommant bio par exemple, on réduit son risque d’exposition d’un facteur de 6 à 9.

Le saumon d’élevage est montré du doigt dans le reportage de Pièces à conviction: faut-il éviter d’en consommer?

Globalement, le saumon d’élevage est meilleur que le saumon sauvage, car les mers sont contaminées par divers produits. Lorsque le saumon d’élevage provient de filières contrôlées, avec un label de qualité, il ne pose pas de problèmes. Quant aux poissons traités avec des antibiotiques, il y a un délai d’abattage après traitement pour que le produit ait disparu de l’animal.

Les fruits et légumes importés, traités avec des produits non autorisés en France, sont-ils dangereux?

Pour les fruits et légumes, le problème vient plus du stockage: avec l’allongement des circuits, les distributeurs mettent des traitements post-récolte sur les aliments pour les conserver. Ce n’est pas aussi cadré qu’au niveau de l’agriculteur. Il vaut mieux manger local et de saison pour éviter de s’exposer à des conservateurs. Mais dans certains pays, les productions à destination de l’Europe se sont alignées aux normes européennes. Par exemple au Maroc, les coopératives agricoles de la plaine du Souss sont aux normes européennes. Ce qui pose un problème local puisque ces productions sont trop chères pour les habitants du pays.

Quels contrôles sanitaires sont effectués sur les produits importés?

Il existe un système d’auto-contrôle respectant un cahier des charges: le responsable de ce contrôle est le distributeur qui met les produits sur le marché. Carrefour par exemple effectue de 20.000 à 40.000 contrôles par an. Ce sont ces auto-contrôles qui permettent de lancer l’alerte si besoin. Ensuite, l’AFSSA mène des plans de surveillance, qui sont des analyses «flash» de la teneur en pesticides des aliments sur le marché, et des plans de contrôle, orientés vers un pays ou une molécule spécifique.

Les consommateurs peuvent donc avoir confiance dans ce système de contrôle?

On n’empêchera jamais la fraude, mais lorsque l’on fait des études de dépassement des valeurs limites en pesticides, moins de 5% des échantillons sont au-dessus. Et cela ne signifie pas forcément qu’ils présentent un risque pour la santé. C’est le cas lorsqu’on retire un produit du marché, c’est-à-dire qu’on élimine les stocks. Par contre, les rappels ont lieu quand il y a un risque pour le consommateur. La notion de risque pour le consommateur est capitale.