Le bio a-t-il du bon pour les agriculteurs?

ENVIRONNEMENT L'agriculture bio: intérêt éthique ou économique...

Audrey Chauvet

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La ferme de poules pondeuses de Marc Chauvin en Seine et Marne.

La ferme de poules pondeuses de Marc Chauvin en Seine et Marne. — Audrey Chauvet

Un marché de 3 milliards d’euros en 2009, en croissance de 15% par rapport à 2008 et qui a doublé depuis 2005... Le bio résiste à la crise. Paradoxalement, le nombre d’exploitations agricoles labellisées «bio» reste très faible: seulement 3,14% des exploitations agricoles françaises, soit 2,46% de la surface agricole de France métropolitaine selon les chiffres de l’Agence Bio.

Le bio, un truc de bobos?

Le bio souffre encore d’a priori:«Pour beaucoup d’agriculteurs, les bios sont des marginaux, c’est un truc de bobo, pas professionnel, pas rentable,...» déplore Angélique Piteau du Groupement des Agriculteurs Biologiques d’Ile de France (GAB), dont une des missions est de sensibiliser les agriculteurs conventionnels aux avantages du bio.

Marc Chauvin, futur exploitant d’une ferme de 1.700 poules pondeuses en Seine et Marne, a naturellement choisi le bio:«J’avais envie de faire quelque chose de la ferme de 30 hectares de mes parents. Ils vendaient des pommes de terre et des œufs directement à la ferme, et quand des anciens clients sont revenus me voir, je me suis dit qu’il fallait reprendre ça en bio». Mi-juillet, il recevra ses poules pondeuses, «nées bio», qui vivront à l’aise, à 6 par m2 et avec la possibilité de se balader dans un champ adjacent au poulailler. Elles seront bien sûr alimentées avec des céréales bio fournies par une coopérative locale.

Unique solution pour les petites exploitations

Marc Chauvin a eu la chance de ne pas devoir trouver des terres, plus grande difficulté pour les agriculteurs qui souhaitent passer au bio. Mais une fois les lourds investissements de départ réalisés, le bio peut présenter des avantages économiques. «Pour avoir une ferme à taille humaine, on est pratiquement obligé de passer en bio pour être rentable» reconnaît Angélique Piteau. «Les agriculteurs conventionnels n’arrivent plus à vivre de leur travail, car ils sont en concurrence avec les pays où la main d’œuvre est moins chère et écrasés par la grande distribution.»

La solution pour survivre dans ce contexte de crise agricole serait donc de choisir une «niche» de marché où les prix de vente sont plus élévés. «Les agriculteurs bio ne gonflent pas leurs prix parce que la demande dépasse l’offre, tempère Angélique Piteau. Ils calculent le prix pour pouvoir vivre de leur métier et il est important que le coût de l’agriculture soit reconnu. Le bio n’est pas dans une logique de haut de gamme, mais on ne veut pas aller vers des dérives qui mettraient les agriculteurs bio dans la même galère que les agriculteurs conventionnels.»

Mutualiser les coûts pour baisser les prix

Le consommateur peut-il tout de même espérer consommer des produits bio moins chers un jour? Les prix bas que nous sommes habitués à trouver dans les supermarchés ne reflèteraient pas la réalité des coûts de production, et pour le GAB il ne pourra y avoir de baisse de prix que si les coûts d’infrastructure, comme le stockage ou le transport, sont mutualisés.

Mais pour cela, il faudrait convaincre beaucoup plus d’agriculteurs de passer au bio:«Même s’ils viennent pour des motifs économiques, ils se rendent compte rapidement des bienfaits pour eux. Plusieurs agriculteurs en témoignent: ils n’ont plus mal à la tête les soirs de traitement, ils retrouvent un sens à leur métier, davantage basé sur des connaissances agronomiques» résume Angélique Piteau.

Une question de santé

Outre l’intérêt éthique de préserver l’environnement, les agriculteurs pourraient aussi éviter des problèmes de santé en n’utilisant plus de produits phytosanitaires. «Si nous on ne veut pas manger de pesticides, c’est encore pire pour les agriculteurs qui en avalent à longueur de journée en les épandant» rappelle Angélique Piteau.

La MSA, mutuelle agricole, propose aux agriculteurs un dispositif de signalement des intoxications et incidents liés aux produits phytosanitaires, «Phyt’attitude». Le bilan après dix ans d’observations: les fongicides et insecticides sont les produits les plus cités par les agriculteurs atteints de symptômes divers (cutanés, hépato-digestifs, neurologiques ou ophtalmologiques). Des études sont également en cours pour déterminer si un lien entre l’utilisation des produits phytosanitaires et certains cancers peut être établi. Pour Angélique Piteau «L’agriculture bio consiste à revenir à une logique respectant les écosystèmes et le vivant, y compris l’agriculteur lui-même!».

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