Un avion qui largue du dispersant dans le Golfe du Mexique, pour lutter contre la marée noire, le 5 mai 2010.
Un avion qui largue du dispersant dans le Golfe du Mexique, pour lutter contre la marée noire, le 5 mai 2010. - REUTERS/Ho New

L’EPA, l’agence de protection de l’environnement américaine, aurait demandé mercredi soir à BP d’utiliser des formes moins toxiques de dispersants dans les 72 heures, selon le Washington Post. Une personne de l’agence, souhaitant garder l’anonymat, a confié au journal: «C’est une quantité énorme de dispersants qui est utilisée, beaucoup plus que ce qui a déjà été utilisé» ailleurs. Difficile donc d’en connaître les conséquences sur la nature.

Plus de 2,6 millions de litres de dispersants ont déjà été déversés dans les eaux du Golfe du Mexique. Objectif: lutter contre la marée noire provoquée par l’explosion de la plate-forme off-shore Deepwater Horizon. Quels impacts ont ces produits chimiques?

L’ONG Greenpeace considère que les dispersants ne sont qu’un cache-misère, en éclatant les nappes de pétrole, celles-ci sont moins visibles, notamment par les médias. Pas de photographies impressionnantes du désastre, pourtant, les hydrocarbures sont toujours présents.

La nappe de pétrole coupée en gouttelettes

Concrètement, BP utilise du Corexit EC9527A et du Corexit EC9500A. Ces produits «fractionnent  les nappes de pétrole», explique Christophe Rousseau, adjoint au directeur du Cedre, le centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux. «La nappe est donc coupée en surface et les gouttelettes d’hydrocarbures sont transférées dans la colonne d’eau», poursuit-il.

Le produit englobe les gouttelettes. «Cette couche hydrophobe empêche ensuite les gouttelettes de s’amalgamer et de former une nouvelle nappe», explique Christophe Rousseau. Les gouttelettes sont ainsi davantage en contact avec les bactéries du milieu marin, ce qui favorise ainsi la biodégradation des hydrocarbures.

Les deux versions du Corexit employées sont homologuées en mer au Royaume-Uni et en Norvège. L’EC9500A l’est aussi en France. «Cela signifie que dans des conditions d’application normalisées, ils répondent à des critères d’efficacité, de biodégradabilité et de toxicité», explique Christophe Rousseau. Au Royaume-Uni, en revanche les deux formes de Corexit sont interdites sur le littoral (mais pas en mer). Selon Greenpeace, ils seraient également interdits en Alaska, alors qu’ils avaient été utilisés après le naufrage de l’Exxon Valdez.

D’autres dispersants moins toxiques?

Le site Propublica.org affirme que l’utilisation du Corexit après cette catastrophe aurait été liée ensuite à des problèmes de santé, notamment sur le système nerveux et le système respiratoire. 

Par ailleurs, selon le New York Times, BP utiliserait un produit fabriqué par une entreprise de laquelle elle est proche, alors que d’autres dispersants seraient «beaucoup moins toxiques et dans certains cas deux fois plus efficaces». Sur son site, l’EPA dresse une liste des dispersants, classés en fonction de leur toxicité et de leur efficacité.

Chez Greenpeace, on souligne qu’une telle quantité de produit, à une telle profondeur n’a jamais été utilisée précédemment. «C’est donc impossible de prévoir quel sera l’impact total sur le Golfe du Mexique». D’autant, rappelle l’ONG, qu’il est «connu que la combinaison de pétrole et de Corexit est plus toxique que le pétrole ou le Corexit seuls».

Tout est dans le dosage

La question reste celle de la dilution des dispersants. Si le confinement et la récupération du pétrole restent la meilleure solution, elle ne peut pas contenir tout le produit. «Avec les dispersants, on le soustrait à l’effet du vent et du courant», explique Christophe Rousseau. On limite ainsi l’impact sur le littoral, car «on ne pouvait pas tout endiguer», selon lui. Les autorités américaines et BP ont donc dû faire un calcul coût/avantages environnementaux entre les différentes méthodes et leurs conséquences.

Du côté de l’ONG environnementale, on insiste sur la «haute toxicité» des dispersants, notamment pour les poissons et les oiseaux. Pour Greenpeace, c’est un mythe de croire que nous pouvons lutter contre une marée noire. Christophe Rousseau estime lui qu’il va falloir attendre quelques mois avant de mesurer l’impact exact des hydrocarbures et des dispersants.

Mots-clés :