Les peuples indigènes élèvent la voix sur le climat

ENVIRONNEMENT Evo Morales, le président bolivien, devrait présenter dans les prochains jours à l'ONU l'accord résultant de la «Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre mère», tenue la semaine dernière à Cochabamba, en Bolivie. Un contre-sommet de Copenhague pour les peuples qui seront les premiers touchés par le réchauffement climatique…

Audrey Chauvet

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La Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique s'est tenue du 20 au 22 Avril 2010 à Cochabamba, en Bolivie.

La Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique s'est tenue du 20 au 22 Avril 2010 à Cochabamba, en Bolivie. — Jorge Abrego/EPA/SIPA

Cochabamba, «capitale quechua» de la Bolivie, est devenue la capitale de la lutte des communautés indigènes contre le réchauffement climatique. Du 20 au 22 avril dernier, la ville a accueilli représentants des peuples indigènes, membres d’ONG ou simples citoyens du monde pour la «Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre mère», réunie à l’initiative d’Evo Morales, le président bolivien. Les conclusions de ce sommet seront portées devant l’ONU dans les prochains jours, à titre de contribution pour les prochaines négociations sur le climat à Cancun (Mexique) en décembre.

Un contre-sommet de Copenhague

Le sommet de Copenhague, tenu en décembre 2009, a déçu la société civile, fortement mobilisée en faveur d’un accord ambitieux de réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’accord a minima, rédigé par seulement quelques pays dans les dernières heures du sommet, a également laissé de côté les pays en développement et les peuples indigènes, qui n’ont pas réussi à se faire entendre dans les négociations de l’ONU. Le sommet de Cochabamba, sorte de forum social du climat, a permis à plus de 35.000 participants de 142 pays (en majorité d’Amérique du Sud) de participer à la rédaction d’un texte qui sera soumis à Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l’ONU. Pour Pauline Lavaud, de la fondation France Libertés, ce sommet est «un moyen pour les peuples indigènes de faire pression sur les pays industrialisés» mais aussi un «instrument politique pour rééquilibrer les rapports de force dans les négociations sur le climat».

Une déclaration ambitieuse

La déclaration de Cochabamba propose des objectifs ambitieux à l’ONU : référendum mondial sur le changement climatique, création d’un tribunal international de justice environnementale, objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 50% d’ici 2017 (par rapport au niveau de 1990) pour les pays industrialisés et rédaction d’une «déclaration universelle des droits de la Terre mère». Bien qu’irréaliste, cet accord permet cependant de «faire passer un message fort : il faut consulter les peuples et faire quelque chose de commun, repenser la place de l’Homme dans la nature et retrouver un équilibre» selon Pauline Lavaud, qui a participé aux groupes de travail dont le texte est la synthèse.

Des peuples victimes du réchauffement... et de ses remèdes

Car pour beaucoup de peuples indigènes (6% de l’humanité), les conséquences du changement climatique sont déjà bien visibles. Leurs accès à l’eau se raréfient, les incendies de forêt deviennent de plus en plus fréquents, les précipitations changent de saisons et d’intensité au risque de désorganiser les traditions agricoles de ces peuples. Mais les remèdes au réchauffement imaginés par les pays industrialisés sont tout aussi menaçants : les agrocarburants prennent la place des terres agricoles destinées à la nourriture, la construction de barrages hydroélectriques entraîne l’expulsion des autochtones de leurs terres, tout comme les programmes de reforestation (compensation carbone et mécanisme REDD) et les mesures de conservation des forêts.

Reste à savoir si la Bolivie et Evo Morales sont les meilleurs représentants de ces populations: les indigènes locaux qui ont voulu parler des conflits sociaux et environnementaux en Bolivie n’ont pas pu s’exprimer durant le sommet... Et ont donc dû organiser un contre-contre-sommet... Quant à savoir si le texte aura une réelle influence sur les négociations au sein de l’ONU, réponse en décembre à Cancun...



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