«One Planet summit»: Vers la fin des investissements dans les énergies fossiles?

ENERGIE 80 économistes de vingt pays le demandent dans un appel commun publié ce jeudi. Sans trop rêver mais avec l’espoir que les Etats montrent un peu plus l’exemple…

Fabrice Pouliquen

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Illustration d'un terminal du gazoduc Nord Stream reliant la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique.

Illustration d'un terminal du gazoduc Nord Stream reliant la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique. — JOHN MACDOUGALL / AFP

  • 80 économistes, réunis par l’ONG 350.org, ont signé ce jeudi un appel demandant la fin immédiate des financements aux énergies renouvelables.
  • Les gisements d’énergies fossiles aujourd’hui exploités représentent un potentiel d’émissions de C02 suffisamment important pour ne pas pouvoir respecter l’Accord de Paris, argumentent-ils dans leur appel.
  • Faut-il s’attendre à ce que le One planet summit entérine un tel engagement ? Peu probable. Pas sûre même qu’on en prenne la direction.

Pas un seul euro de plus pour les énergies fossiles… Un tel engagement pris en conclusion du « One planet summit », organisé ce mardi à Paris, aurait de l’allure.

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L’annonce ne serait pas hors sujet. Ce sommet international pour le climat, porté par Emmanuel Macron- il l’avait annoncé en marge du G20 d’Hambourg en juillet dernier-, se focalisera sur le financement des politiques climatiques. Avec 2.000 acteurs « clés » du public et du privé attendus, dont une cinquantaine de chefs d’Etats et de gouvernement, ce One planet summit a aussi la stature pour prendre un tel engagement. Ces derniers jours, les organisateurs, l’Élysée en tête, promettent d’ailleurs un sommet de l’action, avec une « dizaine de grosses annonces » à la clé.

« Financer plus, c’est sortir de l’accord de Paris… »

L’ONG 350.org tente en tout cas le coup. Elle a publié jeudi un appel signé par 80 économistes de vingt pays à la fin immédiate de tout investissement aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon…). « Privés comme publics, et quelle que soit la forme : subventions, prêts ou dons accordés dans le cadre de l’aide au développement », précise Nicolas Haeringer, porte-parole de 350.org.

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Pour les signataires, cette question est le nerf de la guerre dans la lutte contre le changement climatique. «Plusieurs études montrent que les gisements actuellement exploités de pétrole, de gaz et de charbon représentent un potentiel d’émissions de gaz à effet de serre suffisamment important pour rendre impossible tout maintien du réchauffement climatique en dessous des 2°C, le grand objectif de l’Accord de Paris de décembre 2015 », souligne l’appel. « Autrement dit, tout investissement dans de nouveaux forages d’exploration ou d’exploitation, de nouvelles constructions d’oléoducs ou de terminaux méthanier nous éloignerait un peu plus encore de la trajectoire, explique Nicolas Haeringer. Il faut au contraire fermer progressivement des infrastructures de combustibles fossiles avant même qu’elles arrivent à leur terme prévu. »

« La France n’est pas exemplaire non plus »

Or, ce n’est pas la direction prise. Un rapport sorti par une coalition d’ONG en juillet dernier évaluait à 71,8 milliards de dollars le montant des financements publics qu’allouent chaque année les pays membres du G20 sur la période 2013-2015. Contre 18,7 milliards de dollars pour les projets d’énergies renouvelables.

« L’accession au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis n’arrange rien, note l’économiste Aurore Lalucq, codirectrice du Veblen Institute. Mais la France n’est pas exemplaire non plus. Elle fait beaucoup d’annonces certes, notamment sur la nécessité d’un soutien accru aux solutions climatiques, mais se désengage encore assez peu de ses participations dans les énergies fossiles. »

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Dans un rapport qu’elle publiera lundi, 350.org s’est notamment penché sur les investissements de la Caisse des dépôts et de consignations, en quelque sorte la banque de l’État français, dans un rapport qu’elle publiera lundi. « Le fonds de réserve pour les retraites par exemple, un des fonds que gère la Caisse des dépôts, investit près de 10 % de son portefeuille dans des actions et obligations émises par des entreprises des secteurs du combustible fossile dont des acteurs majeurs du charbon, détaille Nicolas Haeringer. C’est l’un de ses principaux secteurs d’investissement. »

Dégager de l’argent pour les énergies renouvelables

Stopper net les énergies renouvelables permettrait de faire d’une pierre trois coups estiment les 80 économistes signataires. « Non seulement, on évite de nouvelles émissions de gaz à effet de serre mais on déprécie aussi la valeur de ces gisements d’énergie fossile et on dégage des fonds qui pourront être réinvestis dans les énergies renouvelables », synthétise Nicolas Haeringer.

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Finalement, le porte-parole de 350.org parle même de cet engagement espéré comme « la décision la plus simple à laquelle puisse être confronté un chef d’Etat ». « Pour une fois, on ne demande pas de dépenser plus, mais d’arrêter de dépenser de l’argent. »

« Immédiatement ? Nous ne sommes pas prêts »

« Ce n’est pas si simple que cela, réagit Frédéric Gonand, professeur d’économie associé à l’ Université Paris-Dauphine. Il faut regarder ensuite les conséquences qu’une telle décision entraînerait, aller jusqu’au bout du raisonnement. Stopper immédiatement les investissements des énergies fossiles entraînerait des baisses rapides et importantes des volumes produits. Il faudrait alors basculer sur les sources de production significativement plus chères, en tout cas pour le moment. Et pour rappel, nos voitures roulent aujourd’hui à 98 % grâce à ces énergies fossiles (pétrole ou gaz). »

Frédéric Gonand ne dénigre pas pour autant l’appel des 80 économistes. « Mais se pose la question de la vitesse du processus, reprend-t-il. Immédiatement ? Nous ne sommes pas prêts. » Aurore Lalucq ne s’attend de toute façon pas à ce que le One planet summit entérine la fin immédiate des investissements dans les énergies fossiles. « Nous espérons au moins que les Etats montrent un peu plus l’exemple et que ce sommet accouche de solutions innovantes, explique-t-elle. Chaque mois, depuis le début de la crise financière, la banque centrale européenne injecte de l’argent dans l’économie réelle pour essayer de relancer la croissance. C’est le quantative easing. On pourrait réfléchir à ce que cet argent créé, aille à des financements verts, notamment donc à des projets d’énergies renouvelables. »

Un pas en arrière mardi ?

Paradoxalement, mardi prochain, on pourrait faire un pas en arrière bien plus qu’en avant. Le même jour que le One planet summit, la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) doivent statuer sur leur soutien financier au TAP ( Trans Adriatic Pipeline). Ce gazoduc géant vise à transporter le gaz naturel de de l’Azerbaïdjan vers le marché européen sans passer par la Russie. « L’issue des discussions ne fait guère de doute, poursuit Nicolas Haeringuer. Ce sera un grand "oui". A hauteur même de 2 milliards de dollars pour la BEI et de 500 millions d’euros pour la Berd. »