Sur le constat, il y a un relatif consensus : 81 % des Français considèrent qu’une grande partie de ce que nous faisons dans la vie moderne nuit à l’environnement. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sonde régulièrement la sensibilité environnementale des ménages français.

Depuis suffisamment longtemps même pour établir un classement de nos préoccupations environnementales.  Entre 2010 et 2016, le réchauffement de la planète et la pollution de l’air se sont progressivement placés en tête des préoccupations environnementales des Français. Elles devancent désormais nettement les catastrophes naturelles et la pollution des milieux aquatiques. L’érosion de la biodiversité, quant à elle, progresse au point d’être passée devant l’augmentation des déchets ménagers.

Mais s’ils se disent sensibles à l’environnement, les Français agissent-ils en conséquence ? Et ont-ils d’ailleurs la même capacité à agir en faveur de l’environnement ? La réponse à ces deux questions constitue l’une des fiches des « Les acteurs économiques et l’environnement », dernier opus de la collection Insee références, des panoramas que sort régulièrement l’institut sur des problématiques économiques et sociales.

Le niveau de vie ? Pas déterminant

Cette capacité des ménages à agir en faveur de l’environnement a été analysée à partir d’une enquête, réalisée en 2016, auprès de 4.258 personnes en France métropolitaine et en outre-mer.

Premier enseignement : le niveau de vie ne joue pas un rôle si important. « Des études antérieures ont laissé penser qu’il s’agissait du principal déterminant positif des pratiques environnementales, mais ce rapport était plus présumé que prouvé », explique Eric Pautard, sociologue au Commissariat général au développement durable, qui a analysé les données de l’enquête.

Certes, avoir de hauts revenus peut aider à l’adoption de certaines pratiques écologiques. Les ménages les plus aisés sont ceux qui achètent le plus souvent des produits issus de l’agriculture biologique ou ceux encore qui peuvent entreprendre le plus facilement la rénovation énergétique de leur logement. « Mais l’enquête montre également que les ménages les plus aisés sont aussi les moins disposés à réduire l’utilisation de leurs voitures et même à covoiturer, reprend le sociologue. Leur usage des transports aériens se révèle également nettement supérieur, ce qui n’est pas sans conséquence du point de vue environnemental. »

Autre chiffre : le rapport à la consommation en eau du foyer est très nettement déterminé par le niveau de vie. Les 10 % des ménages les plus aisés ont trois fois plus tendance à n’y accorder qu’une faible attention (et 39 fois plus tendance à ne pas du tout s’en préoccuper), indique l’étude.

Les plus âgés plus sensibles que les jeunes ?

L’enquête met aussi ex aequo les femmes et les hommes comme les urbains et les ruraux, parce qu’une fois encore les deux parties cumulent les bons comme les mauvais points. Le tri des déchets par exemple, premier geste environnemental des Français, est bien moins réalisé en ville qu’en campagne. « L’habitat vertical [en immeuble] créé de l’irresponsabilité », expliquait à 20 Minutes, le 15 novembre dernier, Philippe-Loïc Jacob, président de Citeo, un éco-organisme qui organise le recyclage des emballages ménagers en France. « A l’inverse, bénéficiant d’une meilleure offre de transport en commun, les enquêtés habitant dans les grandes agglomérations utilisent nettement moins un véhicule motorisé personnel que les ruraux », compense Eric Pautard.

Pas facile donc de déterminer le profil du Français le plus écolo. Le niveau de diplôme, tout de même, est un facteur déterminant. Les enquêtés à fort niveau d’études ont plus tendance à se déclarer sensible à l’environnement. L’âge aussi joue un grand rôle. Mais, surprise, c’est au sein des générations les plus âgées que la préoccupation environnementale s’affiche la plus forte aujourd’hui.

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Les enquêtés les plus âgés ont ainsi quatre fois plus tendance que les plus jeunes à juger qu’ils sont fortement engagés en la matière. Ils utilisent aussi moins la voiture, sont plus attentifs à la présence d’écolabels sur les produits qu’ils achètent, se montrent aussi plus soucieux du tri sélectif des déchets ou encore plus enclins à économiser l’électricité. « On considérait souvent les jeunes comme les porteurs de ces valeurs environnementales, poursuit Eric Pautard. Ce n’est pas qu’ils ne font rien, mais on les sent un peu moins investis aujourd’hui en la matière. Du moins, ils mettent moins en avant cet engagement dans les enquêtes statistiques. »

Une sensibilité environnementale qui baisse

Autre point d’inquiétude : le niveau de sensibilité environnementale des Français. Se disent-ils ou non préoccupés par les enjeux environnementaux ? Dans son enquête, la note moyenne de sensibilité environnementale (évaluée par les sondés eux-mêmes) est de 5,17 sur une échelle de 1 à 7. Au-delà de l’age, du sexe, du niveau de vie, ou du lieu d’habitation, « cette sensibilité est le facteur qui détermine le plus les pratiques écologiques des ménages » observe Eric Pautard.

Or, cette note n’a cessé de baisser ces dernières années, passant de 5,55 en 2011, à 5,42 en 2013 et 5,32 en 2015. Il y a également bataille pour savoir quel acteur économique doit agir en priorité sur l’action environnementale. « Depuis la crise économique, les ménages ont plutôt tendance à se reporter vers les pouvoirs publics, dans une moindre mesure vers les entreprises », reprend le sociologue. En revanche, seul 16 % des Français pensent que c’est aux ménages d’agir en priorité sur l’environnement. Une façon de se défausser ?