• Pierre-Franck Chevet juge la situation globalement satisfaisante aujourd’hui sur la question de la sûreté du parc nucléaire français.
  • En revanche, à moyen terme, le « contexte est préoccupant » souligne aussi le président de l’ASN qui met en rapport les difficultés économiques actuelles des grands industriels de la filière nucléaire avec les enjeux croissant à venir en termes de sûreté et impliquant des investissements massifs.

« La situation est globalement satisfaisante ». Voilà comment Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le gendarme du nucléaire français, juge la sûreté du parc nucléaire français aujourd’hui lors de son audition, ce jeudi matin au Sénat, par l’ Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques présidé par le mathématicien et député Cédric Villani.

Par « parc nucléaire français », il faut entendre les grosses installations nucléaires du pays. Des réacteurs nucléaires mais aussi des usines d’enrichissement du combustible nucléaire ou des installations de retraitement des déchets radioactifs. « La France compte environ 150 installations nucléaires de base, reprend Pierre-Franck Chevet. Soit l’un des parcs les plus importants au monde. »

« Globalement satisfaisant » aujourd’hui…

Sur cet ensemble donc, « la situation est globalement satisfaisante », juge l’ASN, même si Pierre-Franck Chevet note la survenue de problèmes ponctuels. Des défaillances ont été relevées sur plusieurs de ces grosses installations (des réacteurs essentiellement) ces derniers mois.

En septembre dernier, la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher) a été placée par l'ASN «sous surveillance renforcée», une procédure très rare déclenchée après que l’ASN y a constaté « la dégradation du niveau de sûreté constatée depuis 2016 » et « plusieurs défaillances de l’exploitant [EDF] dans l’identification et l’analyse des conséquences des anomalies affectant certains équipements importants pour la sûreté ».

« Des enjeux sans précédents sur la période à venir »

« trouver des anomalies n'est pas que négatif, tient à préciser Pierre-Franck Chevet. Celles récement identifiés sont le fruit aussi d'une intensification des contrôles. La sûreté en sort grandie. Cela ne change pas mon jugement sur la sûreté globale du parc nucléaire français qui reste satisfaisante. »

En revanche, sur le moyen terme, Pierre-Franck Chevet estime « le contexte préoccupant ». Les difficultés économiques actuelles des grands industriels de la filière nucléaire (Areva, EDF, CEA) inquiètent l’ASN alors même qu’elles auront plus de choses à faire à l’avenir en matière de sûreté. Pierre Franck Chevet parle « d’enjeux sans précédents sur la période à venir ».

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L’incident nucléaire de Fukushima, en 2011, a poussé à l’instauration de séries de mesures visant à renforcer la sûreté et la sécurité de l’ensemble des installations nucléaires françaises. « Une première série de mesures a été effectuée mais nous avons imposé aux exploitants de prendre une seconde série de mesures, durcies encore, indique Pierre-Franck Chevet. Les travaux ont commencé mais ne seront pas achevés pour certains d’ici cinq ou dix ans. »

La question du grand carénage

Mais dans « les enjeux sans précédents sur la période à venir », le président de l’ASN s’attarde surtout sur la question de la prolongation ou non des réacteurs nucléaires exploités par EDF construits dans les années 1980 et conçues pour une durée de vie de 40 ans.

La question est simple à énoncer mais nécessite un travail technique et de sûreté considérable, liste le président de l’ASN. « Ces réacteurs sont-ils conformes aux plans initiaux ? Ont-ils subi des vieillissements sur leurs 40 années d’exploitation ? Et peut-on améliorer le niveau de sûreté de ces installations dont on envisage de prolonger la durée de vie ? »

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Plus de la moitié du parc des 50 réacteurs nucléaires est concernée par cette échéance des 40 ans, précise Pierre-Franck Chevet. EDF estime à 48 milliards d’euros (courant) le coût du « grand carénage », le programme d’investissement à engager pour rénover le parc nucléaire français, à augmenter le niveau de sûreté des réacteurs et prolonger leur durée de fonctionnement au-delà de 40 ans.

« Et il n’y a pas que des réacteurs, reprend Pierre-Franck Chevet. Un certain nombre d’installations de recherche du CEA ont aussi été construites dans les années 1980 pour une durée de vie prévue de 40 ans. En cette fin 2017, l’ASN a en charge 50 dossiers de réexamen de sûreté concernant des installations anciennes, hors réacteurs. »

Moins de moyens mais plus d’urgence

Pierre-Franck Chevet craint alors « un gap » croissant entre « des exploitants qui ont moins de moyens qu’avant » et des « enjeux sans précédents en termes de sûreté » qui impliquent plus d’investissement. « Encore une fois, cela ne crée pas un risque d’accident à court terme mais crée une situation difficile sur le moyen terme pour la sûreté ».