Les Etats membres de l’UE, réunis au sein d’un comité d’appel, ont voté ce lundi en faveur d’une nouvelle autorisation pour cinq ans de l’herbicide controversé glyphosate, a annoncé la Commission européenne.

Dix-huit pays ont voté en faveur de la proposition de l’exécutif européen, 9 s’y sont opposés et un pays s’est abstenu, permettant d’atteindre la majorité qualifiée requise, contrairement à un premier vote début novembre.

Un revirement de l’Allemagne qui change tout

L’Allemagne, qui s’était abstenue au tour précédent, a voté pour, après avoir demandé des modifications au texte proposé en lien avec des restrictions sur l’usage privé du glyphosate et le respect de la biodiversité, selon une source proche du dossier. Ce changement dans la position de l’Allemagne, un poids lourd démographique, a contribué à faire pencher la balance en faveur d’une nouvelle autorisation.

L’Allemagne n’est pas le seul Etat membre à avoir revu sa position depuis le 1er vote, le 25 octobre. La Pologne, la Roumanie et la Bulgarie, qui s’étaient toutes les trois abstenues, ont finalement voté pour une réautorisation du glyphosate pour cinq ans.

Ces basculements ont suffi pour que la proposition de la Commission européenne obtienne la majorité requise. Mais de justesse. Pour être adoptée, elle devait obtenir l’adhésion de 55 % des Etats membres de l’UE représentant au moins 65 % de la population. « Lles 18 pays qui ont voté « pour » ce mercredi représentent 65,71 % de la population de l’UE », indique-t-on dans l’entourage de l’eurodéputé social-démocrate Eric Andrieu. 

« Le vote d’aujourd’hui montre que quand nous voulons, nous pouvons partager et accepter notre responsabilité collective dans la prise de décision », a réagi le commissaire européen à la Santé Vytenis Andriukaitis, cité dans un communiqué.

La Commission va maintenant adopter une décision avant que l’autorisation actuelle n’expire le 15 décembre. Si le vote en appel de lundi avait aussi enregistré une impasse, c’est l’exécutif européen qui aurait dû trancher.

Les anti-glyphosate crient au scandale

Le renouvellement pour cinq ans du glyphosate, la molécule active du Roundup, le désherbant best-seller de la firme américaine Monsanto, ne réjouit guère les opposants au glyphosate,. A commencer par les eurodéputés sociaux-démocrates Eric Andrieu et Marc Tarabella. « Ce renouvellement n’est en aucun cas une sortie du glyphosate comme l’exigeait notre Parlement européen, réagissent-ils dans un communiqué commun. En prenant en compte la réglementation européenne sur les pesticides, on est reparti pour 8 ans minimum de glyphosate ! »

« Cette décision, aujourd’hui, ne va pas dans le sens d’une Europe qui protège et qui anticipe la grande transition nécessaire pour notre santé et l’avenir des générations futures », commente pour sa part Michèle Rivasi, députée européenne écologiste. Elle demande par ailleurs l’ouverture d’une commission d’enquête au niveau du Parlement européen sur la procédure de réautorisation du glyphosate.

Les ONG Générations Futures, foodwatch et la Ligue contre le cancer se disent aussi scandalisés par ce vote dans un communiqué commun. « Tout convergeait vers une interdiction : la pression des citoyens qui réclamaient la sortie du glyphosate, de nombreuses organisations dont des associations d’anciens agriculteurs malades, des députés français et européens, le scandale des Monsanto papers, la polémique autour de l’évaluation scientifique, notent-ils. Cela n’aura pas suffi. »

Un « ouf » de soulagement pour la FNSEA

La FNSEA, elle, pousse un « ouf de soulagement ». Eric thirouin, secrétaire adjoint et président de la commission environnement du premier syndicat agricole français, estime qu'« il n’y a pas aujourd’hui d’alternatives équivalentes au glyphosate » « Un non-renouvellement de l’herbicide nous aurait forcés à nous tourner vers des herbicides plus coûteux ou à avoir recours à plus de main-d’œuvre, poursuit-il. Nous estimions ce surcoût à deux milliards d’euros par an à l’agriculture française. Nous n’aurions pu le supporter au regard de la crise actuelle. »

Eric thirouin regrette alors le « dogmatisme » de la France qui a voté contre la proposition de la commission européenne. « Les agriculteurs ne sont pas sourds pour autant, reprend-il. Nous sommes conscients de l’attente de la société sur l’utilisation que nous faisons des produits phytosanitaires. Nous avons lancé il y a déjà dix jours, avec une trentaine d’organisations agricoles, un contrat que nous souhaitons passer avec le gouvernement afin qu’il s’engage à nos côtés pour essayer de trouver des alternatives à un certain nombre de pratiques. »

Ce contrat devrait être proposé à la signature du gouvernement au premier trimestre 2018. « Nous souhaitons que ce dernier s’engage à nos côtés, explique le secrétaire adjoint de la FNSEA. Si des solutions nous permettent de nous passer d’herbicides ou d’en réduire l’utilisation, alors nous les appliquerons. »