• La Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Cicta) est réunie depuis ce mardi et jusqu’au 22 novembre au Maroc pour discuter des quotas de pêche du thon rouge à adopter pour l’année à venir.
  • Le comité scientifique du Cicta propose d’augmenter fortement les quotas de pêche du thon rouge d’ici 2020 en Atlantique Est et en mer Méditerranée puisque les estimations de population montrent que l’espèce a repris des forces ces dernières années.
  • Le thon rouge profite depuis 2007 d’un plan de reconstitution de l’espèce qui a poussé à baisser drastiquement les quotas de prises autorisées en Atlantique est et en mer Méditerranée.

Le thon rouge de l’Atlantique a du souci à se faire. Depuis ce mardi et jusqu’au 22 novembre, les Etats membres de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Cicta), dont l’Union européenne, sont réunis au Maroc pour fixer les quotas de pêche pour l’année suivante du thon rouge et des espèces apparentées dans l’Atlantique-est et les mers adjacentes, la Méditerranée en particulier.

Passer d’un plan de reconstitution à un plan de gestion

Jusque là, rien d’extraordinaire : cette réunion se tient chaque année en novembre. Mais pour le thon rouge, une espèce toujours autant prisée par le marché japonais du sushi, les discussions qui démarrent ce mercredi revêtent une importance particulière. « Cette édition 2018 pourrait acter le passage d’un plan de reconstitution de l’espèce à un plan de gestion », explique Caroline Mangalo, chargée de mission au Comité national des pêches maritimes et des élevages marin (CNPMEM).

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Envisager cette transition est en soi une bonne nouvelle. Il y a quelques années encore, le thon rouge était sur le point de disparaître de la Méditerranée et de l’Atlantique. Le stock de thons rouges reproducteurs -que le comité scientifique de la Cicta évalue régulièrement pour avoir un ordre d’idée de la population totale de l’espèce- était tombé à 150.000 tonnes en 2008. « Cette estimation ne faisait que confirmer les constats alarmantscdès le début des années 2000 faits au débarquement des bateaux de pêche, explique Théa Jacob, chargée « pêche durable et mammifères marins au WWF. Les quantités ramenées avaient fortement baissé. »

Un plan de reconstitution qui a porté ses fruits

En 2006, la Cicta adopte alors en urgence un plan de reconstitution de l’espèce pour la Méditerranée et l’Atlantique est avec l’objectif de rétablir les stocks d’ici 2022. Pas de moratoire en vue mais une diminution drastique des quotas de pêche [les quantités de prises autorisées sur une année] doublée de contrôles accrus dans les bateaux et sur les marchés pour dissuader la pêche illégale, un fléau pour le thon rouge. « Les quotas étaient tombés à 12.000 tonnes à partager entre l’ensemble des pays de la Cicta pour l’année 2011, son seuil le plus bas », indique Caroline Mangalo.

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Résultat : alors que le thon rouge est toujoursdans une situation critique dans le Pacifique, l’espèce a en revanche retrouvé des forces en Atlantique est et en mer Méditerranée. Le stock des reproducteurs est remonté à 585.000 tonnes lors de l’évaluation complète de la Cicta menée en 2013. La commission internationale a renouvelé l’opération cet été et les résultats confirment l’embellie.

36.000 tonnes ? « Un manque de prudence »

Reste à savoir si les thons rouges de l’Atlantique sont désormais hors de danger et « s’il est grand temps de les réhabiliter dans nos assiettes », comme en appelle le Comité national des pêches dans son dernier communiqué. C’est là tout l’objet des discussions qui se tiennent en ce moment au Maroc. « Les quotas sont revus à la hausse chaque année depuis 2014, explique Théa Jacob. Il a été fixé à 23.655 tonnes pour l’année 2017. » Dans la foulée de son évaluation des stocks, le comité scientifique de la Cicta a proposé une augmentation du quota de prises jusqu’à 36.000 tonnes d’ici 2020.

« C’est plus du double du quota de 2015 », s’alarme le WWF qui dénonce « une augmentation beaucoup trop drastique » et « un manque de prudence qui pourrait ruiner le résultat de dix ans d’efforts ». « Cette préconisation est d’autant plus surprenante que le comité scientifique du Cicta reconnaît qu’il est très difficile encore aujourd’hui d’évaluer précisément les populations de thons rouges, reprend Théa Jacob. Les données, même si elles se sont beaucoup améliorées ces dernières années grâce à la multiplication des contrôles, restent trop partielles pour avoir une évaluation exhaustive du stock. »

« Récompenser les efforts des pêcheurs »

L’ONG préconise alors d’établir un quota de 28.000 tonnes de prises d’ici 2020, un seuil qui permettrait à la population de thons rouges de croître. Pour sa part, le Comité français des pêches maritimes ne s’avance pas encore sur des chiffres. « Nous ne sommes pas pour une augmentation trop importante des quotas, ne serait-ce pour des questions de marché », confie Caroline Mangalo. Le thon rouge peut atteindre aujourd’hui jusqu’à dix euros le kilo, voire plus pour les pêcheurs vendant sur des petits marchés locaux, contre deux euros il y a quelques années encore.

« Mais nous ne serons pas a priori contre un scénario à 36.000 tonnes d’ici 2020 si le comité scientifique du Cicta confirme que le quota est raisonnable, reprend la chargée de mission au CNPMEM. Cette augmentation serait un moyen de récompenser les pêcheurs européens qui ont fait beaucoup d’efforts dans le cadre de ce plan de reconstitution. »