• Le Mnemiopsis leidyi est une espèce qui envahit les étangs du sud-est.
  • Sans danger pour l’homme, elle est un enfer pour les pêcheurs professionnels.
  • Une étude est menée actuellement pour proposer des solutions.

Son petit nom, c’est Mnemiopsis leidyi. Cette drôle d’espèce transparente aux faux airs de méduse, est en réalité un carnivore vorace, qui a mis certains plans d’eau du sud de la France à ses pieds. Natif des côtes américaines, ce glouton a aujourd’hui débarqué en Europe, transporté accidentellement par les eaux de ballast des navires marchands.

En France, le Mnemiopsis leidyi a fait son apparition dans l’étang de Vaccarès, en Camargue, à la fin des années 1990, puis dans les étangs de Bages-Sigean, dans l’Aude, et de Berre, dans les Bouches-du-Rhône, au début des années 2000.

Une prolifération à vitesse grand V

Si ce méchant plancton gélatineux, inscrit sur la liste des 50 espèces les plus invasives au monde, n’est en aucun cas urticante pour l’homme et ne pose aucun problème de santé publique, sa prolifération à vitesse grand V reste inquiétante…

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Depuis 2015, à l’Institut méditerranéen d’océanologie et au Laboratoire Population Environnement Développement (LPED), à l’université d’Aix-Marseille, Guillaume Marchessaux, doctorant, Delphine Thibault et Cécilia Claeys, enquêtent sur cette espèce étonnante, composée à 98 % d’eau. « Il s’agit d’un prédateur carnivore opportuniste, note Guillaume Marchessaux. Il se nourrit de zooplancton, des petits crustacés, d’œufs et de larves de poissons, de crevettes. Il n’a aucune limite de satiété et se nourrit en continu. »

A l’aise partout

« Ce sont des organismes hermaphrodites qui s’auto-fécondent la plupart du temps, ajoute le chercheur. En conditions optimales environnementales, ils peuvent pondre jusqu’à 10.000 œufs par individu chaque jour. » Et sur son CV, la bestiole peut se targuer de s’accommoder sans aucun problème à des températures extrêmes allant de 1 à 32°C, de salanité, et même si l’oxygène se fait rare. De quoi favoriser son invasion.

C’est le cas dans l’étang de Berre. « Mnemiopsis leidyi est observé dans tout l’étang depuis les années 2000 », indique Vincent Faure, chargé de développement scientifique au Gipreb, le syndicat mixte qui gère le plan d’eau. Ici, comme dans de nombreux autres eaux, le gélatineux prolifère jusqu’au début de l’hiver. Si son omniprésence dans les étangs du sud n’est pas un drame pour l’équilibre environnemental, même si l’espèce se délecte de petits poissons, faisant craindre pour le stock, elle l’est pour la pêche.

Un « énorme problème » pour la pêche

« Les filets sont colmatés et ne pêchent plus, reprend Guillaume Marchessaux. Le matériel est rapidement dégradé et, les prises dans les filets sont asphyxiées causant une perte économique importante dans la vente des poissons. » Les filets craquent sous le poids, sont difficiles voire impossibles à remonter, et les pêcheurs souffrent.

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« C’est un énorme problème. Les filets se remplissent, et l’anguille, elle n’aime pas ça. Chaque année, c’est de pire en pire », confie Stéphane Marin, pêcheur professionnel depuis 30 ans à Peyriac-de-Mer, dans l’Aude, sur l’étang de Bages-Sigean, qui a constaté une chute de son activité depuis l’apparition de l’espèce dans le secteur.

La présence de Mnemiopsis leidyi logés dans un filet de pêcheur.
La présence de Mnemiopsis leidyi logés dans un filet de pêcheur. - S. Befeld

« Elle est là à peu près à partir du mois de mai, jusqu’à ce qu’il fasse vraiment froid », reprend-t-il. « Nous en avions plein les filets, se souvient un ancien pêcheur de l’Aude. Cela empêche le poisson de rentrer, c’est très problématique au quotidien. »

L’étude menée actuellement par Guillaume Marchessaux, Delphine Thibault et Cécilia Claeys, est un espoir pour les pêcheurs. Son objectif : faire un état des lieux des impacts écologiques et sociologiques de cette invasion, pour ensuite proposer des solutions.