Sarah Marquis, l'aventurière qui veut «tester nos limites»

AVENTURE En 24 ans, la Suissesse Sarah Marquis a marché 44.000 km en terrain hostile, de la Cordillère des Andes à la Sibérie, avec chaque fois l’envie de tester les limites du corps humain. « 20 Minutes » l’a rencontrée avant son départ pour la Tasmanie prévu à la fin du mois…

Fabrice Pouliquen

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Sarah Marquis, exploratrice de l'extrême.

Sarah Marquis, exploratrice de l'extrême. — Photo Christelle Whright

  • Sarah Marquis parcourt de longues marches en milieu hostile pour approcher au plus près des limites du corps humain. L'exploratrice a ainsi traversé les déserts australiens, remonté la Cordillère des Andes, passé de la Sibérie à l’Australie…
  • Et elle repart à la fin du mois, cette fois-ci pour les forêts primaires de la Tasmanie, très peu explorées par l’homme.
  • Entre-temps, la Suissesse publie un livre dans lequel elle livre les trucs et astuces d’une aventurière.

Vous connaissez Bear Grylls ? Cet ancien soldat britannique a eu un temps son émission sur la TNT (Man vs Wild) dans laquelle il était parachuté en pleine nature puis dispensait à la caméra ses trucs et astuces pour survivre et rejoindre au plus vite la civilisation : filtrer son urine quand on n’a plus d’autres choix que de la boire, détecter un crocodile, tromper un éléphant qui vous charge…

Sarah Marquis n’a rien à apprendre de Bear Grylls, rien non plus à lui envier. L’hôtel classieux, à deux pas de la tour Eiffel, dans lequel elle fait halte toute cette semaine, est trompeur. La Suissesse est « une sauvage par nature », pour reprendre le titre de l’un de ses livres, plus à l’aise dans le désert d’Australie, sous des températures extrêmes, tiraillée par la faim.

44.000 km en milieu hostile

Sarah Marquis marche en milieu hostile. En 24 ans d’aventures, elle a parcouru 44.000 km, « soit quand on y pense un peu plus que le tour de la Terre », s’amuse-t-elle. Difficile de dire quand les aventures ont commencé. « Je viens d’une famille très modeste du nord du Jura, raconte-elle. Nous n’avions pas d’argent pour voyager mais nous étions très tournés vers la Nature. »

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A 8 ans, elle s’enfuit avec son chien passer une nuit dans une grotte. A 17 ans, elle part explorer la Turquie à cheval. Mais c’est véritablement en 2000, à 28 ans, qu’elle entame sa première longue randonnée en solitaire. Elle parcourt en quatre mois l’Ouest des Etats-Unis du nord au sud (4.260 km). Elle enchaîne avec une traversée des déserts australiens de 17 mois entre 2002 et 2003 (14.000 km). En 2006, elle remonte la Cordillère des Andes du Chili au Machu Picchu. Huit mois, 7.000 km. Puis vient ExplorAsia, une expédition de trois ans, de 2010 à 2013, au cours de laquelle l’aventurière passe de la très froide Sibérie à la très chaude Australie via le désert de Gobi, la Chine, le Laos, la Thaïlande…

Pas rassasiée, Sarah Marquis se rechausse en 2015 pour trois mois de survie à l’intérieur des Kimberley, l’une des régions les plus hostiles d’Australie. Elle y parcourra 800 km avec pour seules provisions ses petits sacs de farines (150 grammes par jour).

Aventurière 2014 pour National Geographic 

Autant dire que Sarah Marquis n’a pas volé ses titres d’Aventurier européen de l’année en 2013, et d’ aventurier tout court, l’année suivante, décernés par la National Geographic society, dont elle a intégré la communauté d’explorateurs. La Suissesse assure malgré tout ne pas courir après les médailles, ni d’ailleurs les records. « Ce qui me fascine, c’est le corps humain, les ressources incroyables que nous avons tous, les relations qui s’établissent entre le physique et le mental, raconte-t-elle. Voilà pourquoi je suis encore aujourd’hui exploratrice. Je veux tester nos limites, voir jusqu’où on peut aller. »

Sarah Marquis dans le désert australien.
Sarah Marquis dans le désert australien. - / Photo Christelle Whright

En 44.000 km, Sarah Marquis est déjà allée très loin dans la souffrance. Elle cite« la puna », ce mal aigu des montagnes qui lui jouera des tours dans la Cordillères des Andes. « C’est aussi désagréable qu’un mal de mer, se souvient-elle. Tu as des vertiges et tu vomis tout le temps. Il n’y avait que le beurre de cacahuète qui passait. J’en ai mangé tout au long de ma traversée des Andes. Mon frère, qui m’assistait sur cette expédition, m’en déposait avec quelques réserves de nourriture, en amont de mon passage, dans des trous pour pas que les animaux les trouvent. »

L’exploratrice reste aussi marquée par le froid extrême en Sibérie, « qui t’empêche de dormir, t’épuise au fur et à mesure… », par la dengue qui l’a terrassée au Laos, par ce « flot de mygales » qui, au beau milieu de l’ouest américain, avaient déferlé sur son campement pressées de fuir une tempête.

La Tasmanie comme prochain terrain de jeu

Ces mauvais moments ne sont rien encore par rapport à la sensation de faim. « Ma dernière expédition dans le Kimberley, où je faisais avant tout de la survie, a été traumatisante sur ce point, explique-t-elle. La faim, c’est comme avoir un monstre vert à l’intérieur de soi qui mange toutes vos pensées, toutes vos bonnes énergies. Vous ne pouvez plus penser à autre chose qu’à manger, c’est terrifiant. »

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Malgré tout, Sarah Marquis reste persuadée de ne pas avoir encore atteint ses limites. « Juste des niveaux », précise-t-elle. Vous l’avez compris, la Suissesse va repartir. A la fin du mois, elle s’envole pour la Tasmanie pour un départ en expédition prévu le 1er janvier. « J’irai dans l’Ouest, la partie inhabitée de l’île, précise-t-elle même si on s’en doutait. Cette zone est incroyable. Elle se constitue de grandes forêts primaires difficiles d’accès et du coup peu explorées à ce jour. »

Sarah Marquis tentera de s’y frayer un passage et zigzaguera dans cette jungle pendant trois à quatre mois. L’exploratrice y testera une nouvelle fois ses capacités de résistance. Mais elle travaillera aussi pour leCSIRO, un organisme gouvernemental australien pour la recherche scientifique, en tentant d’identifier de nouvelles espèces d’êtres vivants dans ce milieu où l’homme va rarement.

Ses trucs et astuces avant de repartir

Sarah Marquis parle de sa nouvelle expérience avec un grand sourire qui cache mal son impatience. « Je suis un petit pont, tout simple, entre la nature, où j’ai passé la moitié de ma vie, et le monde des humains, dans lequel je vais pour raconter ce que j’ai vu, explique-t-elle. Depuis 2015 et ma dernière expédition, j’ai sans doute vu trop d’humains. Mes proches me disent que je commence à devenir chiante. Il faut repartir. »

En attendant le départ, l’exploratrice ne perd pas le nord et prend le temps de faire la promotion de son dernier livre La Nature dans ma vie (ed. Michel Lafont), paru début novembre. Il ne s’agit pas cette fois-ci d’un récit de voyage, mais d’un guide dans lequel Sarah Marquis livre pêle-mêle les trucs et astuces d’une aventurière. Un peu comme Bear Grylls oui, si ce n’est que le livre ne se borne pas aux conseils de survie, mais propose une philosophie de vie à adopter avant, pendant et après l’aventure.

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On y apprend, entre autres, que Sarah Marquis prend toujours ses chaussures une taille et demie plus grande, croit beaucoup aux vertus de la Sauge, dort l’essentiel du temps les fenêtre ouvertes, et commence sa journée par un grand verre de « Hulk Juice », une étrange potion verdâtre qu’elle a mise au point à base de gingembre, de curcuma, de pomme, de concombre et d’autres bonnes choses encore. Pas très apetissant, mais très énergisant.

La recette du Hulk Juice....
La recette du Hulk Juice.... - Photo Sandra Mahut

 

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