Collisions, déforestation... Quand le développement des énergies renouvelables nuit aux animaux

BIODIVERSITE L'ensemble des filières d’énergie renouvelable ont des impacts potentiellement négatifs pour les animaux, pointe la Fondation de recherche pour la biodiversité…

Fabrice Pouliquen

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Un alignement d'éoliennes à Bremerhaven, dans le nord de l'Allemagne.

Un alignement d'éoliennes à Bremerhaven, dans le nord de l'Allemagne. — PATRIK STOLLARZ / AFP

  • On parle beaucoup de la lutte contre le réchauffement climatique un peu moins de la nécessaire préservation de la biodiversité.
  • Pourtant, ces deux nécessités vont de pair, l’essor des filières d’énergies renouvelables pouvant avoir des impacts négatifs sur la biodiversité.
  • La Fondation pour la recherche sur la biodiversité invite alors à ne pas accorder de blanc-seing aux projets d’énergies renouvelables au seul motif qu’ils promettent de moindres rejets de CO2 dans l’atmosphère.

« Je tiens à ce que la société française accorde autant d’importance à la reconquête de la biodiversité qu’elle en donne à la lutte contre le changement climatique. » Le message est de Nicolas Hulot, posté sur sa page Facebook cette semaine.

Le ministre de la Transition écologique et solidaire appelle à une réaction collective pour ne pas « devenir les dinosaures modernes de l’histoire », une allusion à la sixième extinction d’animaux que plusieurs scientifiques disent en cours, l’avant dernière ayant conduit à la disparition des dinosaures.

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Ne plus traiter séparément biodiversité et réchauffement climatique

Cette perte de biodiversité ne sera pas à la table des discussions de la Cop 23 qui s’ouvre ce lundi à Bonn en Allemagne. Ou alors à la marge. A ces conférences annuelles organisées par l’ONU, on parle avant tout de réchauffement climatique et du plan de bataille à mettre sur pied pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

Pourtant, de plus en plus de voix, au sein de la communauté scientifique, appellent à ne plus traiter à part les deux nécessités que sont la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité. « Ou du moins à prendre conscience que les mesures adoptées pour la première peuvent avoir des conséquences négatives sur la seconde », glisse Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), une fondation de coopération scientifique qui favorise la recherche sur la biodiversité.

Un exemple parlant : les centrales à bois

La FRB vient de traduire une étude dirigée par Alexandros Gasparatos, professeur à l’Université de Tokyo, publiée en avril dernier et qui analyse, à travers 500 références scientifiques, les rapports compliqués qu’entretiennent énergies renouvelables et biodiversité. L’éolien est peut-être l’exemple le plus visible, les cadavres d’oiseaux se ramassant souvent aux pieds des éoliennes. Aux Etats-Unis, les estimations varient entre 234.000 et 573.000 oiseaux tués annuellement par des éoliennes aux Etats-Unis. Les chauves-souris seraient plus impactées encore, pas tant par des collisions que des suites de traumatismes internes, appelés barotraumatismes, associés à des réductions soudaines de pression de l’air à proximité des pales.

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Plus que l’éolien, Jean-François Silvain s’attarde sur la biomasse bois  pour souligner les potentiels impacts négatifs des énergies renouvelables sur la biodiversité. Cette filière se propose d’utiliser le bois, ressource renouvelable lorsqu’il est le produit d’une gestion durable des forêts, comme source d’énergie. La centrale à biomasse de Gardanne (Bouches-du-Rhône) s’inscrit dans cette optique-là.

« Depuis dix ans, la filière se développe aussi très vite en Grande-Bretagne où les centrales à charbon sont remplacées par des centrales à bois, poursuit Jean-François Silvain. Le hic, c’est que ces centrales sont très gourmandes en bois si bien que la Grande-Bretagne est obligée d’en importer, depuis les forets humides du sud des Etats-Unis, en Louisiane ou dans le Mississippi, où, les normes étant moins protectrices, les forestiers n’hésitent pas à faire des coupes à blanc sans se préoccuper de la repousse, ni de l’impact sur la biodiversité que ces forets abritent. » Plusieurs ONG environnementales américaines s’en sont émues ces dernières années.

L’essor de l’hydroélectricité tout aussi inquiétant ?

L’énergie hydroélectrique pose tout autant question. L’étude dirigée par Alexandros Gasparatos y consacre de longs paragraphes, soulignant que les barrages et les centrales hydroélectriques perturbent la migration de certaines espèces de poissons mais peuvent aussi inonder de vastes zones en amont, fragmentant les habitats et affectant les écosystèmes et les espèces qu’ils abritent.

Or de nombreux pays misent actuellement beaucoup sur l’énergie hydro-électrique pour asseoir leur indépendance énergétique. « Au moins 3.700 barrages majeurs sont soit en projet soit en construction dans le monde, en particulier dans les pays en voie de développement », pointait un article scientifique paru en octobre 2014. « Il est urgent d’évaluer et de limiter les impacts sociaux, économiques et écologiques de ce boom de la construction de barrages dans le monde », concluaient alors les auteurs.

Un besoin d’études approfondies

« Evaluer et limiter les impacts »… C’est aussi le mot d’ordre de la FRB aujourd’hui, qu’elle veut appliquer à l’hydroélectricité comme à l’ensemble des énergies renouvelables. La fondation ne s’oppose pas à la transition énergétique mais invite à ne pas accorder non plus un blanc-seing à tous les projets d’énergies renouvelables au principe qu’ils permettent de réduire les émissions de C02 dans l’air. « Ces filières ont toutes des impacts, plus ou moins importants, sur la biodiversité et les écosystèmes, observe Jean-François Silvain. Négatifs comme positifs d’ailleurs. Il est nécessaire de les étudier bien plus intensément qu’on ne le fait aujourd’hui. »

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Là encore, l’éolien est particulièrement parlant. « Il n’existe à ce jour que des estimations sur le nombre d’oiseaux tués et des espèces s’avèrent plus touchées que d’autres sans qu’on comprenne encore très bien pourquoi, poursuit le président de la FRB. Il y aurait des enseignements à tirer d’études approfondies. Faut-il par exemple implanter les éoliennes sur les couloirs de migrations des oiseaux ou dans des zones accueillant une forte biodiversité ? »

Jean-François Silvain note tout de même peu à peu du mieux. Le 5 octobre, la FRB organisait un colloque sur les « liaisons dangereuses » entre biodiversité et énergies renouvelables. « Nicolas Hulot a assisté à une partie des débats, de même que des représentants de grands acteurs des énergies renouvelables », pointe le président de la fondation. Preuve d’une certaine prise de conscience.