• Le glacier des 2 Alpes, pour la première fois, sera fermé pendant les vacances de la Toussaint en raison d’un manque d’enneigement.
  • Les scientifiques restent pessimistes quant à l’avenir des glaciers situés en dessous de 3.500 mètres d'altitude.

En 40 ans de métier, c’est la première fois qu’il assiste à une telle situation. Le glacier des 2 Alpes sera fermé pendant les vacances de la Toussaint. Une situation que regrette Gilles Vanheule, directeur de l’Office du tourisme. Mais la station de ski iséroise a dû se résoudre à l’inévitable.

« Il fallait préserver au maximum ce qu’il reste. Et au regard de son état actuel, il n’était pas exploitable. Il n’y a pas assez de neige. Le passage de skieurs n’aurait que raboter la couche actuelle », confie l’homme.

Le manque de flocons l’hiver dernier, les fortes chaleurs estivales et l’absence de précipitations depuis le début de l’été ont conduit à une « situation inédite ». « C’est une période exceptionnelle qui s’inscrit dans un cycle long », poursuit Gilles Vanheule, conscient qu’elle résulte du « réchauffement climatique avéré ». Au fil des années, l’activité en haut du glacier a fortement décliné.

L’année 2017 a été « catastrophique »

Le domaine skiable, qui attirait jusqu’à 7.000 skieurs pendant les vacances de la Toussaint, a vu sa fréquentation diminuer pour enregistrer désormais 2.000 passages, en moyenne. Cette année, il n’y en aura pas.

« 2017 est une année très particulière. Il s’agit d’une année catastrophique qui s’inscrit dans une lignée catastrophique », confirme Delphine Six, de l’Institut des Géosciences de l’Environnement (IGE), laboratoire spécialisé notamment dans la recherche sur le climat. « Depuis 30 ans, on observe une perte généralisée de la masse des glaciers mais la fonte s’est considérablement accélérée depuis 2003 », poursuit-elle.

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Un exemple ? Sur la période 1985-2003, le glacier de Saint-Sorlin, dans le massif des Grandes Rousses, perdait en moyenne chaque année, l’équivalent d’une lame de glace d’un mètre sur toute sa surface (comme si on lui rabotait un mètre d’épaisseur de partout). Entre 2003 et 2015, la moyenne est passée à deux mètres. « Cela veut dire qu’il perd désormais deux fois plus de volume », précise la scientifique.

« En 2100, la plupart des glaciers situés en dessous de 3.500 mètres auront disparu »

« On a observé quatre années exceptionnelles, particulièrement désastreuses pour les glaciers : 2003, 2009, 2015 et désormais 2017 », enchaîne Delphine Six, guère optimiste pour l’avenir. « Le réchauffement climatique, qui se traduit par une augmentation des températures, devrait amener plus d’humidité et de précipitations. Mais est-ce que cela sera suffisant pour les sauver ? » Rien n’est moins sûr. « En 2100, la plupart des glaciers situés en dessous de 3.500 mètres d’altitude auront probablement disparu », prédit-elle.

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La station des 2 Alpes a décidé de réagir sans tarder. « Nous sommes en train de fabriquer de la neige pour notre glacier », dévoile Gilles Vanheule. « L’idée est de puiser dans un lac de fond de 40.000 mètres cubes d’eau, qui se situe à proximité, afin de recréer une couche protectrice sur la glace ». L’expérience est menée pour la première fois. Reste à savoir si elle sera concluante.