Glyphosate: Corinne Lepage: «Je plains Nicolas Hulot»

INTERVIEW L’ancienne ministre de l’environnement déplore un nouveau recul du gouvernement sur le dossier du glyphosate, la France cherchant désormais une sortie de l’herbicide controversé à l’horizon 2022…

Fabrice Pouliquen

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L'avocate Me Corinne Lepage, ancienne ministre française de l'Environnement, lors d'une conférence de presse à Genève, le 7 mars 2016

L'avocate Me Corinne Lepage, ancienne ministre française de l'Environnement, lors d'une conférence de presse à Genève, le 7 mars 2016 — FABRICE COFFRINI AFP

« Pipeau !! » L’avocate et ancienne ministre de l’environnement Corinne Lepage, présidente du parti Le Rassemblement citoyen-Cap21, n’a guère apprécié les annonces du gouvernement sur l’herbicide glyphosate, ce lundi matin. Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a indiqué que « l’herbicide serait interdit en France, pour tous usages, d’ici la fin du quinquennat ». Ce qui repousse la sortie du glyphosate à 2022. Or, le 30 août dernier, Nicolas Hulot affirmait que la France voterait non, les 5 et 6 octobre prochains, à la proposition de la commission européenne de renouveler la licence du glyphosate en Europe, licence qui se termine d’ici à la fin de l’année.

Corinne Lepage, qui a lancé ce lundi matin« Justice pesticides », un site Internet et une association internationale qui informe et vient en aide aux victimes des pesticides, parle d’un recul regrettable du gouvernement. Elle répond aux questions de 20 Minutes.

Savez-vous du coup ce que va voter la France les 5 et 6 octobre prochains ?

Non plus du tout. Encore une fois, les dernières annonces du gouvernement sont du pipeau. Plus grave même, c’est de l’incompétence. On ne peut pas dire qu’on cherche à interdire le glyphosate en France à un horizon de cinq ans, puisque c’est un dossier qui se gère au niveau européen et que la licence est accordée pour une période de dix ans. Si on comprend bien, début octobre, la France ne s’opposerait plus à la proposition de la commission européenne de renouveler la licence pour dix ans du glyphosate, mais qu’en parallèle, elle l’interdirait sur son territoire en 2022. Au-delà de 2022, les agriculteurs français n’auraient plus le droit d’utiliser un produit autorisé ailleurs en Europe ? A la rigueur, le gouvernement aurait pu dire ce lundi : « on votera non les 5 et 6 octobre et on demandera à la commission européenne de présenter un nouveau dossier », quitte à ce que ce soit un renouvellement de la licence du glyphosate pour une plus courte durée. Mais nous ne les entendons pas dire ça.

Voyez-vous dans ces nouvelles déclarations un recul du gouvernement ?

Ce recul est indéniable. Nicolas Hulot avait eu une proposition très claire le 30 août dernier en annonçant que le gouvernement voterait non à la proposition de la commission européenne de renouveler la licence du glyphosate. Parce qu’il y a quelques agriculteurs à avoir manifesté sur les Champs-Elysées vendredi dernier, voilà qu’on cède, qu’on demande de nouveaux rapports. Ces nouvelles études ne serviront à rien si le gouvernement y apporte aussi peu de crédit qu’au rapport qu’il avait lui-même commandé sur les risques environnementaux et sanitaires du CETA [le traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne]. Ce rapport avait été clair sur les risques encourus, cela n’a pas empêché le gouvernement d’affirmer que le CETA entrerait en vigueur comme prévu.

Pour rappel, il existe déjà de nombreux rapports sur le glyphosate, dont celui du Centre international de recherche contre le cancer (CICR), un organisme de l’ONU, qui a défini le glyphosate comme « cancérogène ». L’enquête sur les Monsanto papers [le glyphosate est le composant principal du Roundup, le produit phare de la firme américaine] ont montré comment la multinationale faisait tout pour décrédibiliser le rapport du CICR. On ne peut pas être dans l’incohérence. Ce gouvernement se présente à tout bout de champs comme les champions du monde de la lutte contre le changement climatique, mais recule sur toutes les mesures annoncées.

Pensez-vous que la position de Nicolas Hulot soit intenable aujourd’hui ?

Ecoutez, je le plains. Etre ministre de l’environnement, c’est accepter d’avaler des couleuvres. Mais parfois tout de même, le ministre gagne des arbitrages. Et là, très franchement, je ne vois pas très bien quel arbitrage a gagné jusqu’à présent Nicolas Hulot. Faire voter une loi pourinterdire toutes productions d’hydrocarbures en France d’ici 2040 c'est bien, mais ça ne sert à rien si, dans la foulée, on autorise la prolongation d’un permis d’hydrocarbure en Guyane pour Total…