VIDEO. Le glyphosate sera interdit en France... mais pas tout de suite

AGRICULTURE Le gouvernement ne dit plus avec certitude qu’il s’opposera les 5 et 6 octobre prochains à la proposition de renouveler l’herbicide dont la dangerosité fait débat. Edouard Philippe demande désormais un plan de sortie d’ici à la fin du quinquennat…

F.P. avec AFP

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Début de la moisson de blé dans un champ de Saint-Quentin-Fallavier, en Isère.(Illustration)

Début de la moisson de blé dans un champ de Saint-Quentin-Fallavier, en Isère.(Illustration) — SIPA

Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a annoncé lundi que le Premier ministre avait « arbitré » pour que le désherbant controversé glyphosate « soit interdit en France d’ici à la fin du quinquennat » pour tous les usages, y compris en agriculture.

« Donc, avant la fin du quinquennat, il n’y aura plus de glyphosate en France ? » a insisté Jean-Jacques Bourdin. « C’est l’engagement qu'Edouard Philippe confirmera dans les heures qui viennent et l’arbitrage qu’il a rendu ce week-end », a répondu Christophe Castaner.

Le 30 août dernier, le ministère de la Transition écologique et solidaire avait annoncé qu’il s’opposerait les 5 et 6 octobre prochain à la proposition de la Commission européenne de renouveler pour dix ans la licence du glyphosate, ce qui supposait alors une sortie de l’herbicide dès fin 2027.

Une position revue ces derniers jours

Ces derniers jours, le gouvernement avait peu à peu revu sa position pour parler d’une sortie progressive du glyphosate, herbicide le plus utilisée en Europe, mais dont la dangerosité fait débat.

Dès vendredi, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a suggéré vendredi que la France propose de prolonger de « cinq à sept ans » l’autorisation de l’usage du désherbant controversé au sein de l’UE, au lieu des dix ans souhaités par la Commission.

Et ce lundi, Matignon a indiqué dans un communiqué qu’Edouard Philippe a demandé aux ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique de lui présenter « les conditions d’un plan de sortie » du désherbant controversé glyphosate pour l’usage agricole « avant la fin de l’année ».

Une sortie progressive

En matière d’usages non agricoles, l’utilisation du glyphosate par les collectivités dans les espaces ouverts au public « est déjà interdite en France depuis le 1er janvier 2017 », rappelle Matignon, tandis que l’utilisation par les particuliers « sera interdite à partir du 1er janvier 2019 ».

« Pour les autres usages, et notamment l’usage agricole, le Premier ministre a demandé au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et au ministère de la Transition écologique et solidaire de lui présenter - avant la fin de l’année et en fonction des conclusions des états généraux de l’alimentation - les conditions d’un plan de sortie du glyphosate », selon Matignon. Ce rapport devra tenir compte « de l’état de la recherche et des alternatives disponibles pour les agriculteurs ».

Dix ans, c’est trop long ?

« Le gouvernement arrêtera alors sa position, qu’il confrontera à celles de la Commission [européenne] et des autres Etats membres, pour trouver les conditions d’une transition raisonnable vers la sortie du glyphosate », précise les services du Premier ministre dans ce communiqué.

Il rappelle l’opposition de la France à la proposition de la Commission de réautoriser le glyphosate dans l’Union européenne pour dix ans. « C’est une durée trop longue, compte tenu des incertitudes qui subsistent sur ce produit et la France votera contre cette proposition, comme elle l’a clairement indiqué dès le mois de juillet », indique Matignon.

Nicolas Hulot en porte-à-faux ?

Dans une interview au quotidien Ouest France samedi, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a affirmé que « la justice et l’histoire nous rattraperont » si rien n’est fait pour remédier au problème phytosanitaire. « Au prétexte que c’est compliqué, doit-on continuer à mettre le sujet sous la table ? » a-t-il demandé.