• En 2016, la production nucléaire mondiale a augmenté de 1,4 % et l’énergie nucléaire représente toujours 10,5 % de l’énergie produite dans le monde.
  • Mais le nombre de réacteurs mis en chantier baisse et bon nombre de constructions ont été abandonnées ou suspendues au vu des retards accumulés ou des surcoûts non prévus, note le rapport.

Le nucléaire patine dans le monde. Le constat saute aux yeux dans la nouvelle édition du World nuclear industry status report, ( version française ici) présenté ce mercredi à Paris. Ce rapport, financé depuis plusieurs années par les Verts européens qui voulaient au départ soutenir une expertise alternative aux discours de l’industrie de l’atome précise Médiapart, présente chaque année un panorama du parc nucléaire mondial.

Maintenue à flot par la Chine… pour l’instant

Tous les indicateurs sur lesquels s’appuient le World nuclear industry status ne sont pas dans le rouge. En 2016, la production nucléaire mondiale a augmenté de 1,4 % grâce à une hausse de 23 % de la production chinoise, alors que la part du nucléaire dans la production d’électricité reste stable à 10,5 %.

C’est essentiellement la Chine, dont la production nucléaire a augmenté de 23 % en 2016 et qui a mis en service dix réacteurs cette même année, qui tient la filière nucléaire civile à flot. Mais pour combien de temps encore ?, se demande le rapport.

Un déclin irréversible ?

Pour la quatrième année consécutive, le nombre de réacteurs en cours de construction dans le monde baisse, passant de 68 à la fin 2013 et à 52 à la mi-2017. La mise en chantier de nouveaux réacteurs suit la même tendance. Le World nuclear industry status report n’en compte qu’une sur les six premiers mois de l’année 2017, en Inde, trois en 2016 (deux en Chine et un au Pakistan). On était à 15 mises en chantier de réacteurs en 2010… 44 en 1975.

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A cela s’ajoute l’abandon ou la suspension de constructions de réacteurs dans le monde. « Entre 1977 et le 1er juillet 2017, ce sont au minimum 91 réacteurs (soit un sur huit) dont la construction a été suspendue ou abandonnée à différents stades d’avancement », comptabilise le rapport dévoilé ce mercredi. Et les retards continuent de s’accumuler. Il y a aujourd’hui des constructions de réacteurs dans 13 pays. Dans huit d’entre eux, l’ensemble des constructions en cours subissent des retards.

Le plus grand constructeur de réacteurs nucléaires fait faillite

Le début de l’année 2017 n’invite guère à l’optimisme pour la filière nucléaire. En mars, à la suite de la découverte de pertes colossales liées à ses projets en construction, Toshiba a déposé le bilan de sa filiale américaine Westinghouse, le plus grand constructeur de l’histoire du nucléaire, rappelle le média en ligne Actu Environnement. Cette faillite a pour conséquence l’arrêt de la construction de deux réacteurs aux Etats-Unis et aucun de projet de construction de centrale nucléaire n’y est à prévoir dans un futur prévisible, poursuit le site spécialisé.

Aréva n’est guère en meilleure santé, poursuit le World nuclear industry status. La société nucléaire contrôlée par l’État français, est techniquement en faillite avec une perte cumulée de 12,3 milliards de dollars. Elle a été retirée de la Bourse de Paris en août dernier.

La comparaison avec l’essor des énergies renouvelables est alors cruelle, note Mediapart. En 2016, les capacités de production du nucléaire se sont accrues de 9 GW par rapport à 2015 contre 75 GW pour le solaire et 55 GW pour l’éolien.