Et si on mangeait local: Que faut-il savoir avant de consommer en circuit court ?

ALIMENTATION Depuis une quinzaine d’années, les circuits courts de vente de produits alimentaires font leur grand retour en France. Au point qu’on s’y perd un peu. «Et si on mangeait local?» qui sort ce lundi aide à y voir plus clair…

Fabrice Pouliquen

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Photo d'un panier de légumes à Argentan. (Photo archives).

Photo d'un panier de légumes à Argentan. (Photo archives). — MYCHELE DANIAU / AFP

  • « Et si on mangeait local », du journaliste scientifique Patrick Philipon sort ce lundi aux éditions Quae
  • Le livre fait le point l’essor des solutions de circuits courts en France. Car non, tout ne se résume pas aux Amap et à La Ruche qui dit oui

Où en est-on sur les circuits courts en France ? Les Etats généraux de l’Alimentation, que devrait ouvrir Emmanuel Macron lundi prochain, se pencheront sur la question. Le journaliste scientifique Patrick Philipon, aidé de Yuna Chiffoleau et Frédéric Wallet, respectivement sociologue et économiste à l’ Inra (Institut national de recherche agronomique), prend de l’avance en sortant, hier lundi Et si on mangeait local, aux éditions Quae. Le livre se veut un manuel de survie pour le consommateur néophyte perdu dans le flot des solutions de circuits courts. Petit tour des questions les plus récurrentes.

Les circuits courts se résument-ils aux Amap et à la Ruche qui dit oui ?

On peut en avoir l’impression, en particulier dans les grandes villes où les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) et La Ruche qui dit Oui, ont fait leur trou.

Ces deux solutions font se rencontrer producteurs et consommateurs dans un lieu souvent original. Chez l’adhérent, un local associatif, un café sympathisant… Mais les modes de fonctionnement diffèrent. Dans une Amap, le consommateur s’engage sur un nombre de paniers sur l’année (proche d’un par semaine), et sur un prix du panier fixé à l’avance.

A l’inverse, La Ruche qui dit oui ! est une plateforme d’achat en ligne sans engagement pour le consommateur. Patrick Philipon tique sur le modèle social. « Le système repose sur l’investissement de "responsables de ruche", souvent autoentrepreneurs, explique-t-il. A eux de recruter des producteurs, proposer les produits sur le site internet, organiser un lieu de distribution… Et Equanum, la société derrière La Ruche qui dit oui, prend une commission sur les ventes. »

Le réseau Amap revendique 250.000 adhérents, La Ruche qui dit oui 130.000 clients réguliers. Deux mastodontes donc, mais qui n’empêchent pas une multitude d’autres circuits d’exister. Internet regorge de ces solutions, certaines proposant même la livraison à domicile des paniers. Même la SNCF propose des paniers de légumes à la vente dans des gares de son réseau TER. Surtout, il y a les traditionnels marchés et ventes à la ferme, deux solutions millénaires mais qui restent aujourd’hui encore les plus utilisées. Et elles se réinventent. Patrick Philipon cite ainsi les points de vente collectif, des magasins de vente directe mis sur pied par un collectif de producteurs qui s’organisent pour assurer une permanence à tour de rôle.

Le circuit-court est-il l’assurance de bien manger ?

Contrairement à une idée répandue, les produits en circuit court ne sont pas nécessairement issus de l’agriculture biologique. « En 2009, il avait été question de créer une charte d’adhésion volontaire combinant circuit court et un engagement vers une agriculture respectueuse de l’environnement, indique Yuna Chiffoleau. Le projet avait été abandonné. Même les plus militants étaient sceptiques, craignant que cela freine l’essor des circuits courts. »

Malgré tout, agriculture biologique et circuits courts entretiennent des liens étroits. « Les Amap, par exemple, fonctionnent sur un engagement réciproque des consommateurs et des agriculteurs, les seconds s’engageant à adopter des méthodes agricoles d’inspiration bio », illustre Patrick Philipon. Et puis, quand c’est bien fait, les produits en circuit court ont un avantage de taille : la fraîcheur.

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Mais la prudence reste de mise, d’autant que le nombre d’acteurs misant sur les circuits courts s’élargit. La grande distribution s’y met ainsi en créant des marques jouant sur les notions de terroir ou la mention « produit dans telle ou telle région ». « Certes le produit est transformé dans la région mentionnée, mais aucune garantie n’est donnée sur l’origine géographique des matières premières utilisées », déplore Patrick Philipon. L’auteur de Et si on mangeait local invite aussi à rester vigilant sur les marchés. « Sans que cela soit toujours très transparent, on y trouve des revendeurs s’approvisionnant aux marchés de gros et donc en circuit long », écrit-il.

Est-ce plus cher de manger bio ?

C’est LA question qui revient le plus souvent. Vous trouverez toujours des prix imbattables en supermarché. C’est la magie des promotions. « Une grande surface vendant des milliers de références différentes peut se permettre de mettre en avant un produit sur lequel elle ne réalisera aucune marge », indique Patrick Philippon. Mais « à qualité égale, un produit vendu en circuit court n’est pas plus cher, et bien souvent moins, qu’en circuit long », poursuit-il. Le circuit court à l’avantage de réduire au minimum les intermédiaires, supprimant les frais d’emballage, de publicité, de marketing…

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« Des chercheurs ont étudié de près les paniers proposés en Amap, pesés les produits et comparés avec les prix de vente proposés en circuit long, poursuit Yuna Chiffoleau. Les Amap se sont alors révélées très compétitives. »

Et ça commencerait à se savoir. Yuna Chiffoleau note que les circuits courts ne sont plus l’apanage d’une frange aisée de la population. « 42 % des Français avaient acheté un produit en circuit court dans le mois précédant une enquête Inra de 2013, pour un budget moyen de 25 euros par semaine », précise-t-elle. 

Et est-ce plus écolo ?

L’impact global des circuits courts sur l’environnement est difficile à établir. Même sur le volet transport. Puisque la marchandise fait moins de kilomètres pour arriver jusqu’au consommateur, on pourrait alors penser le système forcément vertueux pour la planète. Sauf que les circuits courts mettent souvent sur la route des camionnettes chargées de quelques cagettes et qui repartent à vide. « Ce n’est pas forcément moins dommageable pour l’environnement que le transport de grandes quantités dans des véhicules dédiés et qui partiront chargés [comme le fait la grande distribution] », note Patrick Philippon.

Mais le bilan carbone d’un aliment se joue surtout au stade de la production des matières premières. Sur ce point, le « manger local » a sa carte à jouer. « On constate que la majorité des producteurs qui entrent en circuit court vont "écologiser" leurs pratiques, explique Yuna Chiffoleau. Cela s’explique en partie par un contact plus étroit avec le consommateur et donc à une prise en considération plus forte de ses exigences. »