Législatives : Le parti animaliste fait entrer les animaux en politique

ANIMAUX Ce tout jeune parti, lancé le 14 novembre dernier, présente pour la première fois des candidats à une élection française. Tous ardents défenseurs de la cause animale…

Fabrice Pouliquen

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Le Parti animaliste ne passe pas inaperçu dans ces législatives 2017 avec son affiche électorale mettant en vedette un chaton.

Le Parti animaliste ne passe pas inaperçu dans ces législatives 2017 avec son affiche électorale mettant en vedette un chaton. — F. Pouliquen / 20 Minutes

  • Le Parti animaliste présente des candidats dans 147 circonscriptions aux législatives dont le premier tour a lieu dimanche.
  • Le combat de ce néo-parti s’articule quasi exclusivement autour de la défense de la cause animale, une thématique qui a pris de l’ampleur ces dernières années en France avec notamment les vidéos de l’association L214
  • Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours offre peu de chance à ce nouveau parti de placer un député dans l’hémicycle. Le Parti animaliste ne désarme pas pour autant et veut perdurer sur l’échiquier politique français.

Un petit chat qui vous implore de ses grands yeux. Juste au-dessus, un slogan : « Les animaux comptent, votre voix aussi »… L’affiche électorale du Parti animaliste détonne dans la rangée de portraits plus ou moins sérieux de candidats aux législatives. C’est toujours la même que l’on retrouve dans les 147 circonscriptions où il présente des candidats. « Notre parti a été conçu pour mettre en avant la cause animale plus que les personnalités qui s’investissent dans le mouvement », explique Hélène Thouy, l’une des quatre co-présidentes de ce nouveau parti.

Des candidats dans 147 circonscriptions

Cette affiche électorale est aussi l’espoir de faire un premier coup politique. Il suffit de constater le nombre de commentaires attendris qu’une photo de chaton peut provoquer sur la Toile. Hélène Thouy reste lucide : « Nous avons très peu de chance de faire entrer des candidats à l’hémicycle. Un scrutin uninominal majoritaire à deux tours, contrairement à la proportionnelle, ne permet pas à des petits partis comme le nôtre d’avoir des élus. »

Le Parti animaliste a toutefois déjà gagné beaucoup dans sa première bataille politique. Lancé le 14 novembre 2016, le parti espérait initialement entre 80 et 100 candidats pour le représenter. Il en aura finalement 147 répartis sur 54 départements. « Nous ne sommes pas des citadins bobos, précise Nathalie Dehan, co-présidente elle aussi. Nous avons des candidats et des militants de tous les âges, de tous les horizons sociaux, de diverses sensibilités politiques ou religieuses… »

La cause animale dans l’air du temps

Daniel Boy, directeur de recherche au centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), où il travaille notamment sur l’écologie politique, se dit peu surpris. « Il y a quelques années encore, on aurait ri du Parti animaliste et de ses affiches, commence-t-il. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Petit à petit, la sensibilité à l’égard des animaux s’est accrue, les opinions ont changé. La corrida par exemple. Une majorité des Français demandent aujourd’hui leur suppression. Ils étaient minoritaires en 2007. »

Daniel Boy y voit le résultat de l’activisme des associations de défense de la cause animale. « Ils ont su interpeller l’opinion publique de façon extrêmement concrète sur des sujets qu’on ne voulait pas trop voir jusque-là, observe-t-il en prenant l’exemple de l’association L214 et de ses vidéos montrant les conditions de mise à mort des animaux dans les abattoirs industriels.

« Trop souvent la cinquième roue du carrosse »

Le Parti animaliste veut aussi porter le combat sur le champ politique, persuadé que la question animale est susceptible d’avoir un électorat qui lui est propre. Il s’appuie notamment sur un sondage Ifop de 2012 selon lequel « 81 % des Français jugent la cause animale importante » et « 29 % des Français déclarent que les propositions des candidats en matière de protection animale peuvent influencer leur vote. »

>> Lire aussi: Où en sont les affaires des abattoirs révélées par l'association ces dernières années ?

Le Parti animaliste n’est pas le seul à en avoir pris conscience. Lors de la dernière présidentielle, tous les candidats ont répondu aux trente propositions du collectif Animal Politique regroupant 26 ONG de défense des animaux. Les réponses n’ont pas été à la hauteur des attentes du Parti animaliste qui s’est donc décidé à présenter des candidats aux législatives. « Aucun programme n’était aussi ambitieux que le nôtre sur la défense des animaux, poursuit Nathalie Dehan. Surtout, dans les autres partis, la cause animale est toujours diluée. Il s’agit trop souvent de la cinquième roue du carosse. »

Un ministère de la protection animale

Le Parti animaliste s’assume alors comme un parti « monothématique ». Ses quatorze mesures phares sont toutes axées sur le bien-être animal. Le parti propose d’adosser à la constitution française une Charte de la protection animale et de dédier un ministère. Il souhaite aussi fixer un objectif national de réduction de la consommation de produits animaux prône l’abolition de la corrida, de la pratique du gavage et de toutes les pratiques de chasse de loisir. Elle veut également instaurer un moratoire sur les élevages en cage, interdire toute possibilité d’abattre un animal sans insensibilisation préalable.

Mais le parti animaliste va plus loin en faisant de la défense des animaux une cause transversale porteuse de solution sur des dossiers épineux. Même l’insécurité ? « En identifiant les comportements problématiques à l’égard des animaux, on pourrait identifier des individus potentiellement dangereux aussi pour les humains, répond Hélène Thouy. Cela fait partie des solutions à mettre en place. Aux Etats-Unis, le FBI le fait déjà. »

Un monothématisme handicapant ?

Daniel Boy voit tout de même une limite du Parti animaliste dans ce monothématisme : « Les écologistes les plus fondamentalistes font la même erreur en estimant que toutes les questions au monde sont d’ordre environnementales. Ce n’est pas vrai et il est difficile alors de subsister dans le champ politique pour une seule cause. »

Le Parti animaliste n’entend pas pour autant draguer les partis existants pour tenter de faire reprendre ses idées. « Nous ne voulons pas faire de lobbying, ni nouer des alliances, ni donner des consignes de vote, mais gagner des élections », martèle Nathalie Dehan. Et si ce n’est pas à ces législatives, le Parti animaliste retentera le coup aux élections européennes de 2019. Avec un exemple bien en tête :les Pays Bas, où le parti animaliste compte cinq députés [mais élus à la proportionnelle], deux sénateurs et 45 conseillers municipaux.